Objet
Le présent rapport permet d’acquérir une compréhension fondamentale des divers cadres actuellement utilisés pour évaluer le stockage temporaire de carbone, ancré dans la science climatique, afin d’aider Ressources naturelles Canada et d’autres équipes fédérales à interpréter clairement le paysage actuel et à évaluer les options à inclure dans les rapports d’inventaire national. Il identifie en outre les principaux points de convergence et de divergence entre les systèmes, notamment en ce qui concerne les cycles de croissance des matières premières, les horizons temporels, les contrefactuels, ainsi que les indicateurs utilisés pour exprimer l'impact climatique, tels que le forçage radiatif et le changement de température mondiale.
À propos de Builders for Climate Action
Builders for Climate Action est une entreprise sociale dédiée, en première ligne d’une action climatique significative. Nous collaborons avec des constructeurs, des concepteurs, des développeurs, des décideurs, des chercheurs et des fabricants pour s’attaquer à l’impact sérieux des bâtiments sur notre climat et pour travailler vers des bâtiments réellement à carbone zéro. Au cœur de notre engagement se trouve la fourniture d’outils essentiels, de recherches de pointe et de ressources précieuses qui permettent aux praticiens et aux décideurs de réaliser la vision de véritables bâtiments à carbone zéro.
Table des matières
Résumé
Le présent rapport porte sur la façon dont le stockage de carbone biogénique est actuellement représenté dans l’analyse du cycle de vie (ACV) et explore la manière dont des méthodes fondées sur le temps peuvent mieux saisir et signaler sa valeur climatique. Les ACV « statiques » conventionnelles additionnent les émissions sur un horizon temporel fixe, traitant toutes les émissions de gaz à effet de serre comme égales, peu importe quand elles se produisent. Cette simplification masque les avantages de retarder ou d’éviter les émissions grâce à l’utilisation de matériaux biogéniques tels que le bois d’œuvre, la paille ou le chanvre.
Notre examen des méthodes existantes, y compris l’ACV dynamique, le potentiel de réchauffement du globe lié aux facteurs biologique (PRGbio), la comptabilisation en tonnes-années et autres, montre que bien que les débats sur les paramètres dynamiques et les horizons temporels demeurent non résolus, un écart plus important persiste : l’exhaustivité de l’inventaire. De nombreux flux de carbone, en particulier ceux qui se produisent avant ou après la limite du système de produit, ne sont systématiquement saisis par aucune méthode existante. Les pertes en amont telles que les résidus de récolte, la régénération des matières premières après la récolte et le stockage ou la décomposition en fin de vie influencent fortement le profil climatique des matériaux biogéniques, mais ne sont pas pleinement représentées dans les extrants des ACV standards ou dynamiques. La lutte contre ces omissions est plus importante que de peaufiner une seule méthode de calcul.
Les différences dans les horizons temporels utilisés pour les évaluations de l’ACV créent souvent de la confusion sans améliorer la compréhension, et la littérature examinée note de manière cohérente que le choix d’un horizon temporel est nécessairement un choix délicat. Une approche canadienne efficace pourrait être conçue pour calculer les impacts sur l’ensemble de la durée de vie des matériaux, pouvant aller jusqu’à 200 ans ou plus, permettant aux utilisateurs de comprendre les effets climatiques d’un scénario à un moment donné le long de l’horizon temporel. En s’appuyant sur l’intégralité d’un inventaire solide plutôt que sur des fenêtres temporelles fixes, les résultats peuvent agir comme des instantanés dans le temps, s’adaptant à des besoins de politiques et de conception divers tout en maintenant la transparence sur ce qui est inclus ou exclu de chaque point de vue.
Pour garantir l’adoption de l’évaluation dynamique, l’aspect pratique est essentiel. Même la méthode la plus rigoureuse sur le plan scientifique échouera si elle ne peut pas être appliquée en pratique. Une méthodologie d’évaluation dynamique solide devrait être transparente, communicable et compatible avec les cadres d’ACV canadiens existants, tout en tirant parti des données existantes provenant des déclarations environnementales de produit (DEP). Les résultats devraient utiliser des indicateurs CO₂e comparables tout en permettant des paramètres complémentaires tels que le forçage radiatif ou le potentiel de température mondiale. Les praticiens devraient être en mesure d’interpréter et d’appliquer les résultats pour éclaire directement les décisions en matière de conception, d’approvisionnement et de politique.
En intégrant des facteurs temporels dans la comptabilisation et en utilisant le temps comme dénominateur de calcul, au lieu d’une limite, le Canada peut créer un cadre crédible, souple et aligné sur le plan international pour évaluer le carbone biogénique stocké. Une telle approche renforcerait la politique nationale, soutiendrait l’innovation dans le domaine des matériaux et aiderait à positionner le Canada en tant que chef de file dans l’avancement de la comptabilisation du carbone sensible au temps pour l’environnement bâti.
1. Introduction
Les bâtiments sont une source majeure d’émissions de gaz à effet de serre (GES), et comme indiqué dans la Norme sur le carbone intrinsèque en construction, « [l]e carbone intrinsèque représente une proportion importante des émissions de carbone pendant toute la durée de vie des projets de construction ». Cet énoncé a été confirmé par des recherches telles que le rapport de 2021 établi par Ressources naturelles Canada Achieving Real Net Zero Emission Homes (PDF, 9.6 MO) (en anglais seulement), qui a estimé que le carbone intrinsèque provenant de la construction de nouvelles maisons de la partie 9 pourrait en moyenne atteindre 19,8 millions de tonnes d’équivalent en dioxyde de carbone (eq. CO2) par année, ce qui équivaut aux émissions de quatre centrales électriques au charbon.
L’analyse du cycle de vie (ACV) est l’approche la plus largement utilisée pour quantifier les émissions associées aux produits de construction et aux bâtiments. Toutefois, l’ACV non seulement relève les émissions de GES, mais elle peut également identifier et quantifier le contenu en carbone biogénique dans les produits de construction. Le National Whole-Building Life Cycle Assessment Practitioner’s Guide (PDF, 836 KO) (en anglais seulement) du Conseil national de recherches Canada définit le carbone biogénique comme [TRADUCTION] « le carbone stocké dans les biomatériaux par des processus naturels, mais non fossilisé ou dérivé de ressources fossiles » et exige des praticiens de l’ACV qu’ils suivent le carbone biogénique comme une mesure distincte dans le rapport sur le carbone intrinsèque.
Les principes de l’ACV reconnaissent que les éliminations de carbone biogénique de l’atmosphère peuvent avoir un impact positif sur le climat, car toutes les émissions de GES, qu’elles proviennent de la combustion de combustibles fossiles ou de retraits biogéniques, modifient le cycle du carbone et l’équilibre radiatif de la Terre. Les ACV « statiques » conventionnelles, comme structurées selon des normes internationales telles qu’ISO 14040, ISO 21930 et EN 15804, additionnent les émissions dans l’ensemble des étapes du cycle de vie sans tenir compte du moment. Dans ces cadres, une émission libérée dans l’atmosphère (ou retirée de celle-ci) aujourd’hui est considérée comme équivalente à une émission se produisant des décennies ou même un siècle plus tard. Cette simplification offre de la cohérence et de la comparabilité, mais obscurcit les avantages d’une libération reportée, malgré l’importance bien documentée des réductions de carbone à court terme pour éviter les points de basculement climatiques. Comme l’observe Chilton (2024), [TRADUCTION] « les méthodes et paramètres standards de comptabilisation du carbone sapent le potentiel des matériaux biogéniques à croissance rapide pour décarboniser les bâtiments, car on ignore le moment de l’absorption du carbone ». Si l’objet de l’ACV est de guider les concepteurs vers des choix ayant de meilleurs résultats climatiques, alors les méthodes de comptabilisation doivent refléter la valeur climatique réelle du stockage et du retard.
L’ACV dynamique a émergé comme l’une des multiples réponses à cette limitation inhérente de l’ACV statique, introduisant une variation temporelle tant dans l’inventaire que dans l’évaluation des impacts. Son raisonnement est simple : une émission retardée ou libérée progressivement a un effet climatique différent de la même émission libérée d’un seul coup. En maintenant le carbone hors de l’atmosphère, même temporairement, les matériaux biogéniques stockés durablement dans les bâtiments peuvent réduire le forçage radiatif (la chaleur excédentaire piégée dans l’atmosphère terrestre) et « acheter du temps » pour les efforts de décarbonisation et d’adaptation. Comme le note Chilton (2024), les avantages du stockage, [TRADUCTION] « bien que non ‘“permanents”, incluent une réduction de l’intrant énergétique cumulatif, l’achat de temps pour une adaptation à long terme, le retard ou l’évitement des points de basculement climatiques, et la possibilité d’un stockage permanent grâce à de futurs changements technologiques ».
Le Canada a la chance de disposer d’amples quantités de matières premières biogéniques pour les produits de construction, y compris le bois, la paille, le chanvre, les tiges de maïs et les fibres provenant des déchets, telles que le carton, le papier journal et les textiles, comme le documente le récent rapport financé par RNCan Construire un avenir à faible émission de carbone : Exploration des matières premières et des produits pour le secteur canadien de la construction (PDF, 1.69 MO). Toutes les matières premières biogéniques peuvent offrir le type d’avantages climatiques positifs démontrés par les calculs d’ACV dynamiques. Le potentiel d’avantages en matière d’atténuation et d’adaptation au climat à grande échelle grâce à l’augmentation de ces produits a été démontré par l’UNEP dans son rapport Matériaux de construction et climat : Construire un nouvel avenir, et le rapport de RMI Building with Biomass : A New American Harvest. En éliminant le carbone de l’atmosphère et en retardant sa libération, ces matériaux offrent une valeur climatique positive que les méthodes d’ACV conventionnelles ne parviennent pas à saisir.
Malgré l’existence d’une variété de méthodologies d’ACV destinées à quantifier les avantages climatiques du stockage de carbone biogénique, aucun consensus n’a encore émergé concernant les pratiques exemplaires à cet égard. Ce rapport ne tente pas de sélectionner un seul « meilleur » cadre. Au lieu de cela, son objectif est de cerner les considérations fondamentales que toute méthode crédible doit aborder afin de quantifier la valeur temporelle du stockage de carbone biogénique.
Notre examen montre que, bien que les débats autour des paramètres dynamiques et des horizons temporels restent non résolus, un écart plus important persiste : l’exhaustivité des inventaires. Les approches actuelles, qu’il s’agisse de l’ACV dynamique, du PRGbio, de la comptabilisation des tonnes-années ou de modèles spatio-temporels, saisissent rarement l’ensemble des flux de carbone, y compris les pertes de récolte, les dynamiques de la régénération et les destins contrefactuels sans lesquels les résultats risquent d’être incomplets ou trompeurs.
L’urgence de ce travail est soulignée par le contexte réglementaire actuel. Comme le souligne Ventura (2022), [TRADUCTION] « à une époque où l’indicateur dynamique du potentiel de réchauffement du globe (PRG) est considéré comme un outil réglementaire… il semble crucial de prendre en compte sa pertinence scientifique, car l’utilisation de la mauvaise méthode pourrait conduire à une surestimation ». Les enjeux vont au-delà des conventions comptables. Au Canada, les efforts pour intensifier l’utilisation de matériaux biogéniques se croisent avec des besoins pressants en matière de logement et d’infrastructure, des résidus agricoles et forestiers abondants, ainsi que le potentiel de nouveau développement économique rural et régional. La façon dont le stockage de carbone biogénique est valorisé aujourd’hui influencera non seulement les normes et les pratiques d’ACV, mais aussi les cadres d’approvisionnement, les programmes d’incitation et les codes qui détermineront la rapidité avec laquelle ces matériaux peuvent atteindre le marché. Il est essentiel de s’assurer que les méthodes de comptabilisation du carbone reflètent la véritable valeur climatique du stockage afin de libérer à la fois le potentiel environnemental et économique des biomatériaux canadiens.
Le Protocole des GES, une norme mondiale pour mesurer et gérer les émissions de gaz à effet de serre, élaboré pour aider les entreprises et les organisations à comptabiliser avec précision leurs émissions et à les rapporter efficacement, fournit des lignes directrices et des outils pour créer un inventaire complet des gaz à effet de serre, soutenant les efforts pour réduire les émissions et lutter contre le changement climatique. Le Protocole ne traite actuellement pas du carbone biogénique et n’est donc pas mentionné dans ce rapport. Toutefois, les responsables du Protocole sont à rédiger un document d’orientation sur le secteur foncier et les retraits qui devrait apporter des éclaircissements sur le travail présenté ici.
Figure 1 : Cette illustration représente le flux de carbone biogénique tout au long du cycle de vie d’un produit ou d’un bâtiment. En commençant par la gauche, la ligne verte montre le carbone qui est retiré de l’atmosphère en descendant, le carbone étant libéré dans l’atmosphère en montant et le carbone stocké lorsqu’elle est horizontale. Chaque point le long de la ligne indique un processus saisi dans une ACV conventionnelle.
La zone ombragée en vert représente l’impact cumulatif au fil du temps. L’ACV dynamique, et d’autres méthodes d’incorporation du temps dans l’analyse du cycle de vie, sont une tentative de quantifier les effets climatiques de la zone ombragée.
Cette illustration sera utilisée tout au long du rapport pour démontrer la façon dont les différentes méthodes abordent cette chronologie de cycle de vie.
2. Portée et approche
L’objet de ce travail est d’examiner comment les matériaux biogéniques sont actuellement représentés dans l’analyse du cycle de vie (ACV) et les normes connexes, et d’explorer comment des méthodes dépendantes du temps (dynamiques) peuvent améliorer la quantification de leurs impacts climatiques.
Le rapport commence par décrire la façon dont la pratique conventionnelle de l’ACV prend en compte le carbone biogénique, puis porte sur les approches émergentes qui introduisent une dimension temporelle. On y examine ensuite des facteurs que les cadres actuels ne saisissent pas entièrement, cernant où des lacunes méthodologiques subsistent. L’étude se termine en distillant les paramètres les plus importants pour élaborer une méthode future qui reflète de manière précise et pratique la valeur temporelle du stockage de carbone biogénique.
L’approche est axée sur des recommandations qui permettraient à une future méthodologie d’ACV dynamique d’être pratiquement alignée sur la pratique actuelle d’ACV, garantissant ainsi que son adoption tire parti des normes et des flux de travail existants (comme le Guide du praticien de l’analyse du cycle de vie des bâtiments entiers du Canada) et fonctionne comme une « superposition » simple pour les praticiens en ACV. Avec des codes nationaux comme le Code national de l’énergie pour les bâtiments (CNEB) qui évoluent vers le rapport sur le carbone intrinsèque, cet alignement positionne les méthodes d’ACV dynamiques pour compléter les pratiques actuelles tout en façonnant la manière dont la comptabilisation temporelle du carbone pourrait être intégrée dans les futures dispositions du Code, réduisant ainsi les obstacles à l’adoption.
Les limites suivantes ont été établies pour assurer l’alignement sur les pratiques d’ACV existantes :
- Les DEP comme source de données principale. Toute méthode pratique pour quantifier la valeur temporelle du carbone biogénique doit être compatible avec les structures de données déjà utilisées dans les déclarations environnementales de produits (DEP), car ces documents de transparence sont désormais à la base des pratiques d’ACV et comprennent généralement les flux de carbone biogénique tout au long du cycle de vie d’un produit, ainsi que des renseignements sur les déchets de construction et le traitement prévu en fin de vie nécessaires aux calculs dynamiques.
- Flux de carbone biogénique uniquement (CO₂ et CH₄). Ce projet porte sur les méthodes de calcul dynamique de la séquestration, du stockage et de la libération du carbone biogénique provenant des produits de construction. La pratique d’ACV inclut une large gamme de GES, chacun ayant son rendement en rayonnement et sa durée de vie atmosphérique propres (Chilton, 2024), généralement « regroupés » dans le paramètre du PRG100. Cela peut compliquer les évaluations dynamiques, car une caractérisation climatique précise au fil du temps nécessite que chaque GES soit suivi individuellement dans l’analyse, mais le rapport sur les quantités de gaz individuels n’est pas inclus dans les ACV typiques. Toutefois, pour examiner le carbone biogénique, seuls le CO₂ et, à la fin de vie, le CH₄ provenant d’une décomposition anaérobie potentielle sont pertinents, ce qui permet de créer des évaluations dynamiques à l’aide de renseignements provenant des DEP. En restreignant la portée de cette manière, on garantit l’alignement sur la comptabilisation au niveau des produits et on permet une superposition dynamique pratique et réalisable avec les pratiques d’ACV existantes.
- Exclusions de la portée. Les dynamiques du carbone dans le sol sont exclues de cette analyse. Bien qu’ils soient essentiels pour comprendre les impacts climatiques des systèmes agricoles et forestiers, ils sont abordés par le biais de cadres à cet effet et sont attribués à la gestion des terres plutôt qu’aux produits de construction en aval. En les incluant ici, on risquerait de les compter deux fois. L’étude se concentre donc uniquement sur le carbone stocké dans la biomasse au-dessus du sol.
Ensemble, ces limites préparent le terrain pour examiner de plus près comment le carbone biogénique est compris et géré dans l’analyse du cycle de vie. La section suivante établit un fondement commun pour cette discussion, en commençant par la manière dont les matériaux de stockage de carbone sont actuellement abordés dans l’industrie et les normes, puis en retraçant ce que l’on peut apprendre des approches conventionnelles fondées sur le temps avant de déterminer ce qui reste non comptabilisé.
3. Concepts fondamentaux
3.1 Quels sont les matériaux de stockage du carbone?
Les matériaux de stockage du carbone sont ceux qui contiennent du carbone biogénique absorbé de l’atmosphère pendant la croissance des plantes dans le cadre du processus de photosynthèse et retenu dans les produits utilisés dans l’environnement bâti. Ces matériaux agissent comme un stockage temporaire de carbone, maintenant le carbone séquestré hors de l’atmosphère pendant la durée de leur phase d’utilisation. Comme il est décrit dans le rapport Matériaux de construction et climat : Construire un nouvel avenir (2023), les biomatériaux offrent le potentiel de transformer les bâtiments en puits de carbone durables, complétant d’autres stratégies de réduction des émissions et aidant à boucler la boucle entre les cycles du carbone naturel et intrinsèque.
Le traitement de ces matériaux dans la comptabilisation du carbone a été façonné par l’histoire. Au début des années 1990, l’OCDE a publié des lignes directrices excluant les émissions de CO₂ issues de la biomasse des inventaires énergétiques nationaux, les attribuant plutôt aux secteurs de l’utilisation des terres et de la foresterie en supposant que la régénération compenserait ces émissions. Cette convention a préparé le terrain pour des normes industrielles visant à traiter le carbone biogénique comme étant effectivement climatiquement neutre Référence3 Référence9.
Les normes actuelles formalisent en grande partie cette approche. Les normes ISO 21930 et EN 15804+A2, les références principales pour les DEP en Amérique du Nord et en Europe, restreignent toutes deux la manière dont le carbone biogénique peut être représenté. Ces normes permettent l’un des deux traitements comptables : une approche 0/0, où aucun carbone biogénique n’est enregistré ni lors de l’absorption ni lors de la libération, ou une approche –1/+1, où la quantité séquestrée pendant la croissance des plantes (et attribuée au produit à la phase de récolte, ou module de cycle de vie A1) est compensée par une libération équivalente à la fin de vie (module C4) (Chilton, 2024). Dans les deux cas, l’effet de stockage est neutralisé dans le cadre comptable, les retraits et les libérations étant censés s’équilibrer au fil du temps. En ce qui concerne la fin de vie, la norme ISO 21930 permet de faire état du stockage permanent uniquement lorsque le carbone reste séquestré pendant plus de 100 ans, tandis que la norme EN 15804+A2 rend compte du carbone biogénique séparément, mais ne crédite ni le stockage temporaire ni le stockage permanent dans les résultats principaux.
L’équation simple résultante, -1 + 1 = 0, conduit à des hypothèses selon lesquelles le carbone biogénique dans les bâtiments est intrinsèquement neutre en carbone.
Bien que cette approche garantisse la cohérence et crée une simplicité mathématique à une étude d’ACV, elle efface effectivement la signification climatique du retardement des émissions grâce à un stockage de longue durée. Il en résulte que les matériaux pouvant stocker du carbone pendant des décennies n’ont aucun avantage climatique selon les résultats standards des ACV. Le cadre plus large d’ISO 14040 permet l’utilisation d’approches dynamiques, mais comme ni ISO 21930 ni EN 15804+A2 ne fournissent de directives claires pour leur application, elles restent largement inutilisées en pratique. Comme le note Chilton (2024), [TRADUCTION] « il n’y a pas de normalisation ni de consensus parmi les normes pour l’évaluation du carbone biogénique… Les approches statiques ignorent à la fois les avantages temporels absolus et relatifs de la capture du carbone biogénique et peuvent conduire à des stratégies de conception de bâtiments qui sont involontairement contre-productives du point de vue des effets climatiques ».
Il y a des exceptions émergentes. La réglementation environnementale RE2020 de la France intègre un ajustement dynamique dans les valeurs du PRG, attribuant un certain crédit pour le retard de libération. Au Canada, la Ville de Vancouver fait formellement une distinction entre le carbone biogénique dérivé de la croissance des plantes à court et à long cycle, et elle reconnaît que le carbone stocké dans les matières premières à court cycle peut être considéré comme une séquestration et être comptabilisé dans le respect des limites de carbone intrinsèque. Ces approches reflètent une étape importante dans la reconnaissance du rôle du stockage de carbone biogénique dans les politiques, même si cela ne permet pas encore de quantifier avec précision les flux au fil du temps et dans l’ensemble des sources de matériaux.
3.2 Ce qui peut être tiré de l’ACV conventionnelle
Bien que l’ACV conventionnelle présente des limites évidentes en ce qui concerne l’évaluation du stockage de carbone biogénique, cette pratique fournit une base solide sur laquelle les méthodes de comptabilisation dynamique peuvent s’appuyer : des paramètres normalisés et une documentation sur les DEP, des rapports structurés et des règles concernant la durée de vie des produits et les scénarios de fin de vie. Ces structures créent une cohérence qui peut fournir bon nombre d’intrants requis pour des calculs dynamiques robustes et garantir qu’une méthodologie dynamique reste alignée sur la pratique conventionnelle de l’ACV.
Les DEP sont au cœur de ce système. Ils fournissent des valeurs de PRG de référence à des étapes de cycle de vie normalisées d’un produit qui peut servir d’intrants cohérents pour tout calcul de stockage basé sur le temps. Une DEP suit les émissions et les éliminations tout au long des modules de cycle de vie normalisés de A à C (et parfois D). Pour le carbone biogénique, les flux pertinents sont capturés dans une sous-section de ces modules, comme indiqué ci-dessous.
A1 – Séquestration de l’atmosphère vers la plante en croissance, A3 – Émissions provenant des pertes de biomasse lors de la fabrication, A5 – Émissions provenant des pertes de biomasse pendant la construction ou l’installation, B4 – Émissions et/ou stockage provenant du remplacement de produits biogéniques, C4 – Émissions de l’élimination provenant de l’incinération ou de l’enfouissement de matériaux biogéniques.
3.2.1 Carbone brut par rapport au carbone net
Une question centrale à laquelle il faut répondre pour une méthode d’ACV dynamique est de savoir si les calculs seront fondés sur le stockage de carbone biogénique brut ou net d’un produit.
- Le stockage brut est le total du carbone biogénique stocké dans le produit.
- Le stockage net est le stockage brut moins les émissions à l’étape de production.
Les deux valeurs peuvent être tirées des DEP, mais le choix influe fortement sur la façon dont les produits sont classés et les résultats communiqués.
L’utilisation des valeurs de stockage brut présente plusieurs avantages. Il est simple à calculer, transparent et facile à communiquer : un bâtiment « stocke X tonnes de carbone biogénique », ce qui est distinct des émissions intrinsèques qu’il génère. Cette approche cadre bien avec la notion d’une simple superposition avec l’ACV conventionnelle, puisque le stockage est déjà déclaré distinctement des émissions. Cette clarté permet aux praticiens de voir les deux côtés du « bilan » au niveau de l’ensemble du bâtiment.
Toutefois, l’utilisation des valeurs de stockage brut peut être trompeuse à l’échelle du produit. Un produit biogénique nécessitant des méthodes de production intensives en émissions pourrait montrer un stockage brut substantiel et également de fortes émissions d’origine fossile. L’utilisation de valeurs nettes rendrait cela évident, car un produit ayant des émissions plus élevées que le stockage démontrerait des émissions nettes, tandis qu’un produit ayant plus de stockage que les émissions de production démontrerait un stockage net.
| Panneaux intérieurs de zostère | Panneaux intérieurs en laine de bois | |
|---|---|---|
| Stockage brut | 450 kg éq. CO2 | 1 496 kg éq. CO2 |
| Émissions de produit | 300 kg éq. CO2 | 1 580 kg éq. CO2 |
| Stockage net/Émissions nettes | -150 kg éq. CO2 | 85 kg éq. CO2 |
Figure 4 : Ce exemple compare deux produits de panneaux intérieurs d’origine biologique réels modélisés dans le logiciel BEAM et montre comment les émissions brutes de stockage et de production déterminent ensemble les effets climatiques nets d’un produit. Les panneaux en zostère et en laine de bois stockent du carbone biogénique, mais leurs émissions de fabrication diffèrent considérablement. Lorsqu’ils sont évalués uniquement en fonction du stockage brut, les panneaux en laine de bois semblent beaucoup plus bénéfiques pour le climat. Une fois les émissions de production incluses, les panneaux en zostère démontrent un stockage net de carbone, tandis que les panneaux en laine de bois affichent des émissions nettes. Cette distinction serait obscurcie dans une méthodologie de calcul qui n’indique que le stockage brut, soulignant l’importance de fournir à la fois des valeurs brutes et nettes dans l’évaluation au niveau des produits.
Le stockage net reflète l’équilibre entre le stockage et les émissions au niveau d’un produit, permettant de classer les produits selon une valeur unique, ce qui peut être utile pour les cadres d’approvisionnement ou de politique. En intégrant le stockage et les émissions, le rapport net empêche également que les produits à faible stockage et à fortes émissions soient mal représentés comme étant entièrement bénéfiques. Toutefois, cette approche présente des inconvénients : elle brouille le rôle distinct du carbone biogénique, peut masquer des différences importantes entre des produits ayant des valeurs nettes similaires, et est plus difficile à mettre en œuvre en tant que superposition puisqu’elle modifie le bilan de l’ACV existant.
Le choix entre les valeurs brutes et nettes dépend du public pour les résultats. Pour la politique, le rapport net peut être préférable afin d’éviter de surestimer les avantages. Dans l’approvisionnement, les deux approches peuvent fonctionner : les valeurs brutes mettent en évidence le potentiel de stockage, tandis que les valeurs nettes aident à éviter les faux positifs trompeurs. Pour la conception et la communication, les valeurs brutes sont souvent plus convaincantes pour raconter l’histoire du « stockage de carbone », tandis que les valeurs nettes fournissent des renseignements sur les compromis plus clairs pour la prise de décision. Une approche crédible peut donc nécessiter les deux : un stockage brut pour la transparence et la présentation de données, et des valeurs nettes pour le classement et les contextes politiques.
3.2.2 Hypothèses de durée de vie, de remplacement et de fin de vie d’un produit
Les normes actuelles d’ACV traitent la fin de vie des produits biogéniques de façon simple et statique. Conformément aux normes ISO 21930 ou EN 15804, tout le carbone stocké est censé être libéré instantanément lors de l’élimination. La norme ISO 21930 permet aux utilisateurs de classer le carbone biogénique comme « stocké en permanence » s’il reste stocké dans un produit ou un bâtiment pendant plus de 100 ans, tandis que la norme EN 15804 ne reconnaît pas le stockage permanent. Ces conventions maintiennent les rapports simples et cohérents, mais ne réussissent pas à refléter la gamme des résultats réels pour le climat.
Dans la pratique, les résultats en fin de vie peuvent différer considérablement. Le carbone peut être libéré immédiatement par incinération, progressivement et souvent de manière incomplète sur des décennies par enfouissement (sous forme de méthane), ou entièrement ou partiellement retenu par réutilisation ou recyclage. Une approche dynamique précise tiendrait compte de la façon dont ces émissions se déroulent dans le temps, saisissant la manière dont le stockage et la libération s’accumulent tout au long du cycle de vie complet du système.
Les cycles de remplacement des produits ajoutent une autre couche de complexité. Les ACV conventionnelles supposent des remplacements de produits « équivalents » pendant la période d’évaluation, traitant chacun comme un produit distinct avec ses propres émissions et stockage. Dans les modèles dynamiques, chaque remplacement est compté comme un nouvel événement de stockage, tandis que les émissions de fin de vie des produits antérieurs peuvent encore se produire. Lorsque les deux sont saisis ensemble, le système commence à montrer une forme d’équilibre : les nouveaux matériaux entrant dans le bâtiment compensent les émissions des anciens qui le quittent. Cet équilibre reflète plus précisément les conditions réelles et permet de rendre visible la valeur du stockage cumulatif.
Les seuils statiques, tels que l’horizon conventionnel de 60 ou 100 ans, peuvent déformer cette image. Ils tronquent les émissions et le stockage qui se produisent au-delà de la période visée par le rapport, ignorant le carbone qui peut rester enfermé dans les matériaux, les sites d’enfouissement ou les produits secondaires. Cette compression peut sous-estimer les avantages du stockage à long terme et exagérer l’impact à court terme d’une éventuelle libération. Par exemple, la décomposition des déchets dans les sites d’enfouissement s’étalant sur plusieurs siècles apparaîtrait comme une libération instantanée. En forçant tous les flux de carbone dans un cadre temporel fixe, la date limite obscurcit les différences de longévité et masque les possibilités de conception ou de politique pour prolonger la durée de stockage, comme la capture du méthane des sites d’enfouissement.
L’incorporation de périodes plus grandes dans la modélisation aide à révéler que le stockage et les émissions se poursuivent souvent bien au-delà des fenêtres fixes du rapport. Les méthodes comptables qui reflètent cette dimension temporelle peuvent illustrer comment le carbone reste stocké, libéré ou réabsorbé au cours des durées de vie des produits, des cycles de remplacement et des résultats en fin de vie. Pour être crédibles, les méthodes futures doivent saisir ces flux continus plutôt que de les comprimer en un seul instant, une limite arbitraire.
3.2.3 Paramètres de rapport
Une leçon centrale de l’ACV conventionnelle est que le choix du paramètre de rapport façonne la manière dont les résultats sont compris et sur lesquels des mesures sont prises. À la base, la science climatique repose sur le forçage radiatif, une mesure du changement dans l’équilibre énergétique atmosphérique causé par les gaz à effet de serre. Il peut être exprimé en watts par mètre carré (W/m²), ou comme un changement de la température moyenne mondiale en surface (ΔT en °C). Le forçage radiatif et la ΔT sont les moyens les plus précis sur le plan scientifique de décrire la réponse du système climatique, mais ils sont rarement utilisés dans la pratique de l’ACV. Pour rendre les résultats plus communicables, un certain nombre de paramètres ont été élaborés.
Le potentiel de réchauffement du globe (PRG) exprime le forçage radiatif cumulatif d’un gaz par rapport au CO₂ sur un horizon temporel défini, généralement de 100 ans (PRG100). Le PRG100 est devenu le paramètre dominant dans la recherche, la pratique et les politiques, mais sa domination découle de la convention plutôt que d’un consensus scientifique Référence2.
La température potentielle mondiale (PTM) estime l’effet des émissions sur la température mondiale future et elle peut être plus pertinente sur le plan des politiques, en particulier dans le contexte des cibles fondées sur la température comme celles de l’Accord de Paris (Référence2 ; Chilton, 2024).
Le PARG (potentiel absolu de réchauffement du globe) et la TPMA (température potentielle mondiale absolue) sont des paramètres absolus qui indiquent le forçage cumulatif ou le changement de température sans conversion en éq. CO₂. Ces approches fournissent des résultats absolus, mais sont rarement utilisées dans l’ACV.
L’impact du réchauffement climatique (IRC) indique également le forçage radiatif cumulatif en termes absolus, offrant une vue claire de l’impact atmosphérique, mais une comparabilité limitée avec les rapports fondés sur l’éq. CO₂.
Certains paramètres saisissent directement la cause physique des changements climatiques, comme le forçage radiatif (FR), qui mesure le changement immédiat dans l’équilibre énergétique de la Terre. D’autres, comme l’APRG et le PRG, saisissent l’effet de forçage cumulatif des gaz à effet de serre au fil du temps, montrant comment l’énergie s’accumule dans l’atmosphère. Les paramètres comme le PARG et le TPM sont axés sur la réponse climatique, exprimant comment ce forçage accumulé se traduit par des changements de température mondiale.
Cette tension entre l’exactitude scientifique (forçage radiatif et les paramètres de changement de température) et la communication pratique (le signalement d’éq. CO₂ par le biais du PRG) est exactement l’espace dans lequel s’exercent les méthodes dynamiques. Ils s’appuient sur la dépendance de l’ACV à l’égard du PGC, mais cherchent à l’ajuster ou à le compléter de manière à mieux refléter le profil temporel du stockage et de la libération du carbone biogénique.
Bien que la littérature sur l’ACV débatte de l’importance relative d’un paramètre par rapport à d’autres (Breton, 2018), il n’y a aucune raison convaincante pour laquelle une évaluation dynamique ne pourrait pas fournir des résultats dans tous les paramètres pertinents.
3.2.4 Principales observations
Les ACV conventionnelles et les DEP fournissent des intrants normalisés et des structures de rapport sur lesquelles une approche plus sensible au temps peut s’appuyer. L’occasion réside dans l’élargissement, et non le remplacement, de ces systèmes avec des facteurs qui saisissent l’ensemble de l’histoire du carbone.
La structure des modules de cycle de vie définit déjà où de nombreux flux de carbone biogénique se produisent et où les impacts climatiques sensibles au temps peuvent être représentés. Une méthodologie dynamique efficace peut s’appuyer sur les données d’ACV existantes tout en révélant ce que les approches statiques obscurcissent concernant les effets climatiques du carbone biogénique.
Plutôt que de définir un seul paramètre ou limite correcte, une méthodologie dynamique robuste devrait permettre aux utilisateurs de tester des hypothèses, d’ajuster les délais et de présenter les résultats sous plusieurs formes. Ce faisant, on permettrait de préserver la robustesse scientifique, de maintenir la compatibilité avec les cadres établis et de rendre les résultats pertinents tant pour la conception que pour les politiques, tout en gardant le rôle du temps clairement visible.
3.3 Ce que les méthodes d’ACV dynamique nous enseignent
3.3.1 Raisons pour lesquelles les méthodes dynamiques sont importantes
Les ACV statiques totalisent toutes les émissions sur l’ensemble du cycle de vie d’un produit ou d’un bâtiment et expriment le résultat sous la forme d’une seule valeur de PRG à la fin de la période visée par l’étude. Cette simplification omet une réalité essentielle : le climat réagit différemment à une émission libérée aujourd’hui qu’à la même émission des décennies plus tard. Comme l’explique Chilton (2024), [TRADUCTION] « … comparativement aux ACV statiques, les ACV dynamiques améliorent la précision en évaluant l’impact sur le forçage radiatif climatique se produisant à un moment donné ». Par exemple, le stockage du carbone dans un bâtiment pendant 50 ans réduit le forçage radiatif à court terme par rapport à une libération immédiate, mais les ACV statiques ne saisissent pas cette différence.
Les études peuvent intégrer des dynamiques de plusieurs manières (par exemple, temporelle, spatiale ou méthodologique), mais dans ce projet, l’accent est mis sur les dynamiques temporelles : la façon dont les émissions et le stockage sont représentés au fil du temps. Un volume croissant de recherches applique désormais la modélisation temporelle à des produits réels, tels que des fibres à croissance rapide utilisées dans les assemblages de construction, soulignant sa valeur pour la prise de décision (Chilton, 2024). Ce virage marque un passage important au-delà des modèles hypothétiques vers des résultats qui peuvent éclairer des résultats concrets. Les présents travaux reposent sur cette trajectoire non pas en proposant une méthode dynamique unique, mais en schématisant les considérations fondamentales que toute approche crédible de la valorisation du stockage de carbone biogénique doit aborder.
L’ACV dynamique constitue une famille d’approches, mais elle n’est pas seule. D’autres méthodes tentent également de quantifier la valeur du stockage temporaire, y compris les modèles fondés sur l’ACV (Levasseur, Ventura), la comptabilisation en tonnes-années Référence10 et des cadres de politiques et économiques tels que le coût social du carbone de l’International Reference Life Cycle Data System (ILCD) ou de l’U.S. Environmental Protection Agency (EPA). La question centrale est de savoir comment chaque approche gère les paramètres indiqués dans cette recherche : le moment, la régénération, les contrefactuels et l’exhaustivité des flux.
Les premières comparaisons semblent indiquer qu’une convergence est possible et que des approches très différentes peuvent en réalité produire des résultats similaires Référence5. Cela démontre que ce n’est pas nécessairement le choix de la méthode qui compte le plus, mais le fait qu’elle saisit les bons facteurs et les applique de manière transparente.
3.3.2 Approches pour évaluer le stockage de carbone
Plusieurs méthodes ont été élaborées pour saisir la valeur climatique des émissions retardées ou du stockage temporaire, chacune ayant sa propre logique et son propre domaine d’application. Bien qu’elles diffèrent dans leur cadrage, tous visent à aller au-delà des hypothèses statiques et à rendre le rôle du temps visible.
L’ACV dynamique (Levasseur, Ventura) suit le moment où les émissions et les absorptions se produisent et modélise leur forçage radiatif changeant au fil du temps. L’utilisation des facteurs de caractérisation dépendants du temps au lieu de PRG fixes montre comment les émissions retardées ou le stockage temporaire de carbone influent sur le réchauffement tout au long de la durée de vie d’un produit. Bien que scientifiquement rigoureuse, l’ACV dynamique est exigeante en données et reste principalement utilisée dans la recherche plutôt que dans la pratique courante. Différentes méthodologies d’ACV dynamique choisissent différents horizons temporels et/ou font état de différents paramètres, rendant l’utilisation cohérente de l’ACV dynamique difficile en pratique.
Le PRGbio Référence7 ajuste les valeurs standards en équivalent CO₂ pour refléter la rapidité avec laquelle le carbone biogénique est absorbé et libéré. Il relie les modèles de cycle du carbone aux courbes de croissance de la végétation pour montrer comment la régénération a une incidence sur le moment des émissions. Sa principale force est la compatibilité : les résultats restent en éq. CO₂, ce qui facilite l’intégration avec les ACV, les DEP et les cadres politiques existants.
La comptabilisation en tonnes-années Référence10 Référence11 mesure à la fois la quantité de carbone est stockée et le temps qu’il reste hors de l’atmosphère, tout en tenant compte de la dégradation progressive du CO₂ au fil du temps. Elle permet de comparer le forçage radiatif cumulatif d’une émission immédiate avec le forçage réduit obtenu en retardant cette émission dans un horizon temporel fixe. Le résultat est exprimé comme un facteur d’équivalence entre les tonnes de CO₂ et la « tonne-année » de stockage, attribuant un crédit en proportion des effets climatiques évités pendant le retard.
Le coût social du carbone (EPA) attribue une valeur monétaire aux dommages causés par l’émission d’une tonne supplémentaire de CO₂, liant les émissions aux coûts mondiaux futurs tels que les répercussions sur la santé, les pertes agricoles et les dommages aux infrastructures. Il applique un taux d’actualisation pour exprimer ces dommages futurs en dollars d’aujourd’hui.
L’International Reference Life Cycle Data System (ILCD) (élaboré par la Commission européenne) ajoute un ajustement temporel à l’ACV standard en réduisant les répercussions des émissions qui se produisent plus tard. Il considère l’absorption de CO₂ biogénique comme une émission négative et sa libération éventuelle comme une émission positive, puis réduit l’impact des émissions retardées à l’aide d’une période fixe de 100 ans. Chaque année de retard diminue l’impact d’environ 1 %, ce qui signifie qu’une émission libérée 50 ans plus tard compte pour environ la moitié de sa pleine valeur de stockage. Il convient de noter que la réglementation RE2020 de la France utilise une méthode ajustée dans le temps dérivée du cadre de l’ILCD.
La méthode 2050 de la British Publicly Available Specification (PAS 2050) (élaborée par l’Institut britannique de normalisation) reconnaît le bénéfice climatique de retarder les émissions en accordant un crédit pour la durée pendant laquelle le carbone reste stocké dans un produit. Dans une période fixe de 100 ans, un stockage plus long génère un crédit proportionnellement plus élevé, reflétant le réchauffement réduit au cours de cette période. Conçu pour le calcul de l’empreinte carbone des produits, il offre une méthode pratique et facilement communicable pour tenir compte du stockage temporaire, bien qu’elle omette les émissions qui se produisent au-delà de la limite de 100 ans.
Chacune de ces méthodes met en évidence différents aspects de la valeur temporelle du carbone, mais chacune omet certaines considérations importantes.
- L’ACV dynamique fournit la représentation scientifiquement la plus robuste de la manière dont les émissions et les absorptions influent sur le forçage radiatif au fil du temps, mais son intensité de données et sa complexité limitent son utilisation en pratique et différentes méthodes prescrivent leurs propres horizons temporels et paramètres.
- Le PRGbio montre comment les dynamiques de régénération peuvent être intégrées dans des paramètres d’éq. CO₂ familiers, mais il ignore la durée de vie des produits et les considérations de fin de vie.
- La comptabilisation sur une période de 10 ans met en évidence la valeur cumulative du stockage en fonction de la dégradation des émissions de CO₂ dans l’atmosphère. Il s’agit d’une méthode simple et linéaire, mais elle peut conduire à une surévaluation des avantages de stockage sur de plus longues périodes, car il n’y a pas de limite supérieure aux avantages de stockage.
- Le coût social du carbone traduit les effets climatiques sur le plan économique qui soutiennent les politiques et la réglementation, mais le coût peut être fixé de manière arbitraire avec des résultats différents selon le coût choisi.
- La méthode de l’ILCD offre un moyen simple et transparent de créditer les émissions retardées, mais elle repose sur des approximations linéaires plutôt que sur la véritable physique climatique, se limitant à 100 ans.
- La méthode PAS 2050 offre un moyen pratique de communiquer l’avantage du stockage temporaire, mais son horizon fixe de 100 ans ne tient pas compte des émissions à long terme et de la régénération au-delà de cette période.
Bien que chacune de ces méthodes puisse représenter la valeur temporelle du stockage de carbone biogénique, il existe des limitations à chacune d’elles. Une méthode robuste devrait apprendre de chacune d’elles, mais ne pas être limitée à l’une d’elles, afin d’éviter d’incorporer l’intégrité de l’inventaire inhérent à chacun.
3.3.3 Considérations temporelles et importance de l’horizon temporel
Les méthodes dynamiques et la recherche connexe montrent clairement que les horizons temporels, les périodes d’évaluation et les durées de cycle de vie doivent être soigneusement distingués et alignés. Breton (2018) identifie trois concepts clés : l’horizon temporel (la période sur laquelle les impacts sont caractérisés, souvent – et de manière problématique – 100 ans), la période d’évaluation (la limite temporelle de l’étude) et la durée de vie du produit (la durée pendant laquelle le produit existe réellement, comme 60 ans pour l’isolation ou 200 ans pour le bois œuvre). La pratique conventionnelle compresse souvent ces distinctions dans un horizon fixe de 100 ans, ce qui crée deux problèmes : les impacts qui se produisent au-delà de cette période sont exclus, et ceux qui se produisent plus tôt sont disproportionnellement soulignés. Comme le note Levasseur (2010), la sélection d’un horizon temporel n’est pas une étape scientifique neutre, mais c’est plutôt « l’équivalent de donner un poids au temps ».
Cherubini (2011), en introduisant le PRGbio, a montré que les cultures à croissance rapide réabsorbent rapidement le carbone, rendant le stockage très efficace sur tous les horizons temporels. En revanche, les forêts à croissance lente mettent des décennies à recapturer le carbone, donc le stockage semble moins avantageux – surtout à 20 ans, lorsque les émissions des produits dominent le tableau. Sur des horizons plus longs, la régénération équilibre ces émissions, mais les dynamiques à court terme sont cachées. Cette variabilité explique pourquoi les études utilisant des horizons de 20, 100 ou 500 ans aboutissent souvent à des conclusions très différentes, même si le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a souligné que ces horizons n’ont aucune signification scientifique intrinsèque Référence3.
Les risques des seuils arbitraires sont bien documentés. De nombreuses études reposent par défaut sur une durée d’observation totale (DOT) de 100 ans, car cela correspond aux réglages des logiciels ou aux normes politiques, mais cela tronque les flux et ne prend pas en compte ce qui se passe après la fermeture de la période. Le résultat peut être trompeur – par exemple, un produit incinéré à l’année 101 pourrait sembler offrir un stockage « permanent » si ses émissions ne sont jamais comptabilisées. Certaines approches biaisent davantage les résultats en omettant complètement les réémissions.
Des cadres tels que le PRG dynamique de Levasseur et les améliorations subséquentes de Ventura tentent d’y répondre. Levasseur applique une DOT fixe (généralement de 100 ans) pour améliorer la cohérence, mais cela tronque toujours les flux – comme mesurer les précipitations, mais ranger le pluviomètre avant la fin de la tempête. Ventura (2022) souligne que la période d’observation pour une étude ne devrait pas être choisie de manière arbitraire. Elle devrait plutôt reposer sur deux choses : la durée de vie réelle du produit dans le monde réel et la durée pendant laquelle ses émissions continuent d’avoir une incidence sur l’atmosphère. En d’autres termes, si un produit dure 80 ans et que ses émissions continuent d’avoir des répercussions pendant encore 100 ans après son élimination, l’étude devrait donc couvrir cette période complète de 180 ans. Cela garantit que tous les stocks et émissions sont pris en compte, plutôt que de couper l’analyse à une limite artificielle comme l’année 100. En liant la période d’étude aux durées de vie réelles et à la science climatique, les résultats deviennent plus transparents, cohérents et significatifs, en particulier pour les matériaux à longue durée de vie.
En pratique, cependant, la plupart des outils et des normes tronquent encore les résultats. Les normes ISO 14040 et EN 15804 exigent que tous les flux pertinents soient inclus, sauf si des exclusions sont documentées, mais les études sont souvent insuffisantes. La réglementation RE2020 de la France progresse en ajustant dynamiquement les valeurs du PRG, mais elle limite toujours l’analyse à 100 ans, sous-évaluant les émissions retardées.
Le problème central n’est pas de savoir quel horizon est « approprié », mais que la troncature déforme les résultats pour les matériaux à longue durée de vie. Comme le montrent constamment les études dynamiques, les émissions retardées et le stockage prolongé peuvent persister bien au-delà des périodes de déclaration conventionnelles.
3.3.4 Autres méthodes d’incorporation du temps
Plusieurs approches alternatives ont été élaborées pour intégrer la dimension temporelle dans la comptabilisation du carbone. Contrairement à l’ACV dynamique et au PRGbio, qui sont fondés sur les flux physiques de carbone et le forçage radiatif, les concepts et méthodes suivants sont davantage liés à l’économie et aux politiques, appliquant des concepts tels que l’actualisation, le pondération ou l’attribution de crédits. Leur attrait réside dans la simplicité : ils tentent de représenter des dynamiques climatiques complexes avec des facteurs simples qui peuvent être utilisés dans les achats, les politiques ou les investissements. En conséquence, ils sont souvent plus visibles en pratique que les approches d’ACV temporelles, même si ils reflètent moins la science sous-jacente.
Une telle approche est l’actualisation de la valeur des impacts futurs par rapport à ceux qui se produisent aujourd’hui. Empruntée à l’économie, elle reflète l’idée que les sociétés ont tendance à privilégier les résultats à court terme – une logique qui sous-tend l’approche du coût social du carbone décrite par Référence6. Un taux d’actualisation élevé dévalue fortement l’avenir, tandis qu’un taux bas ou en baisse accorde plus d’importance aux impacts à long terme, comme le montrent les politiques au Royaume-Uni et en France (Wild, 2020). Les critiques soutiennent cependant que l’actualisation est éthiquement indéfendable dans l’ACV, car elle dévalue effectivement le bien-être des générations futures Référence8.
Un autre outil courant est l’utilisation de facteurs de pondération, qui tente d’attribuer une valeur plus élevée ou plus basse à la gamme d’impacts dans l’ensemble des catégories telles que les changements climatiques, la toxicité et l’utilisation des ressources. Le pondération introduit de la subjectivité en attribuant une importance relative à chaque catégorie, parfois avec des ajustements temporels simplifiés. Par exemple, la British Standards Institution a proposé des systèmes de pondération pour les produits durables fondés sur des modèles simplifiés du cycle du carbone Référence8. Ces systèmes aident les décideurs en offrant une comparabilité entre différents impacts, mais le compromis est que les résultats intègrent des valeurs sociales et politiques, qui doivent être transparents pour rester crédibles et peuvent ne pas reposer sur des résultats du monde réel.
Une troisième approche est l’attribution de crédits, qui intègre le stockage temporaire dans les résultats du cycle de vie sans modifier les calculs des émissions. La spécification de PAS 2050 le fait en accordant des crédits en fonction du temps moyen pendant lequel le carbone reste stocké dans un produit. Le carbone conservé pendant les 100 ans complets de la période d’évaluation est considéré comme permanent, tandis que le stockage de plus courte durée reçoit des crédits proportionnellement plus petits. Ce système rend le stockage temporaire visible dans les résultats et le traduit en un facteur d’ajustement que les décideurs et les praticiens peuvent utiliser. Des variations de cette logique ont été explorées par Levasseur (2012) et Référence15.
Ensemble, ces méthodes montrent que le temps peut être intégré dans la comptabilisation du carbone de manière accessible et facile à appliquer, mais toutes reposent sur des simplifications et des coupures, et soulignent la nécessité de méthodes qui saisissent l’ensemble de la trajectoire des flux de carbone tout en produisant des résultats suffisamment simples pour guider les décisions dans le monde réel.
3.3.5 Profils de la régénération
La rapidité avec laquelle la biomasse se régénère façonne la valeur climatique des matériaux de construction qui stockent le carbone. Les études de modélisation montrent que les fibres à croissance rapide (cultures annuelles comme la paille, le chanvre, l’herbe) avec des cycles de rotation courts récupèrent rapidement le carbone atmosphérique, leur permettant d’offrir un effet de refroidissement net relativement rapidement. Lorsque ces matériaux stockent plus de carbone que ce qui est libéré lors de leur production, leur taux de régénération détermine la rapidité avec laquelle cet avantage net est réalisé. Les matières premières à croissance lente comme les arbres peuvent en revanche prendre des décennies avant que leur régénération compense les émissions initiales, retardant ainsi l’effet de refroidissement dans le futur. Les produits non biogéniques, tels que le béton et l’acier, n’offrent jamais un avantage comparable (Référence3 Chilton, 2024).
Des recherches récentes soulignent à quel point les résultats climatiques dépendent fortement des taux de régénération. Comme l’explique Chilton (2024), [TRADUCTION] « plus les matériaux biogéniques se régénèrent rapidement, plus le CO₂ est éliminé de l’atmosphère, et plus tôt l’effet de refroidissement net peut se produire… le taux de régénération varie considérablement, allant de moins d’un an pour certaines cultures agricoles à une période variant entre 45 et 120 ans pour les arbres à croissance lente ». Ajouter du temps à l’analyse du cycle de vie permet de saisir ces différences dans les cycles de rotation et de mieux refléter le rôle du choix de la matière première dans le rendement climatique.
Le paramètre de PRGbio, élaboré par Cherubini et ensuite affiné par Guest Référence7, aide à exprimer comment la vitesse de régénération influe sur les effets climatiques. Pourtant, la régénération à elle seule ne détermine pas la valeur climatique des matériaux biogéniques. Le résultat dépend également de ce qu’il advient de la biomasse au fil du temps : quelle quantité continue à stocker du carbone dans les sols ou dans les nouvelles pousses, quelle quantité est perdue lors du traitement et quelle quantité de CO₂ est libérée par la décomposition, la combustion ou la réutilisation. La saisie de ces modèles de régénération ainsi que les voies de fin de vie et les horizons temporels est essentielle pour les méthodes qui visent à décrire la trajectoire complète des flux de carbone biogénique.
3.3.6 Principales observations
La leçon centrale de cet examen est que le temps compte. Une émission libérée aujourd’hui n’a pas le même effet sur le climat qu’une émission identique libérée des décennies plus tard. Les méthodes qui ne tiennent pas compte de cette réalité temporelle risquent de négliger l’un des moteurs les plus importants des effets climatiques.
La vitesse de régénération est l’un des différenciateurs les plus significatifs parmi les matières premières d’origine biologique. Les cultures à croissance rapide peuvent atteindre un stockage net en quelques années ou décennies, tandis que la biomasse à croissance plus lente peut prendre beaucoup plus de temps pour rétablir son cycle de carbone. Les méthodes statiques ne peuvent pas saisir cette distinction; c’est pourquoi l’incorporation du temps dans l’évaluation est essentielle pour des résultats précis.
Tout aussi importante est la façon dont le temps est représenté. Les périodes d’évaluation, les horizons temporels et les durées de vie des produits doivent tous être pris en compte, sinon les résultats peuvent devenir trompeurs. Une approche crédible ne devrait pas prescrire un seul horizon « adéquat », mais plutôt saisir l’ensemble des flux et permettre ensuite de visualiser les résultats par différentes DOT, en fonction de l’objectif – politique, approvisionnement ou conception. Les horizons temporels ne sont pas des vérités scientifiques, mais des choix de modélisation qui reflètent des priorités sociales et politiques, et la transparence concernant ces choix est essentielle.
Ce qui ressort le plus, c’est que bon nombre de ces méthodes mènent à des conclusions similaires, même si leur conception diffère. Les véritables incertitudes ne résident pas dans les équations mêmes, mais dans les parties du cycle de vie de la matière première qui ne sont toujours pas prises en compte. S’atteler à ces flux manquants est plus important que de peaufiner des formules qui pointent déjà dans la même direction. La section suivante porte sur ce qui manque encore aux approches statiques et dynamiques et la façon dont ces lacunes peuvent être comblées.
3.4 Ce qui manque à l’ACV statique et à l’ACV dynamique
3.4.1 Exhaustivité du flux d’inventaire
Pour comprendre les véritables effets climatiques d’un produit (et par extension, d’un bâtiment), il est nécessaire de saisir l’ensemble de l’histoire des flux de carbone du début à la fin. De nombreuses ACV appliquent des seuils qui ignorent les émissions survenant en dehors de l’horizon temporel défini, mais des omissions similaires se produisent avant la phase du produit, lorsque toute la biomasse récoltée n’est pas intégrée dans le système de produit. Bien que les normes exigent que tous les flux pertinents soient inclus, cela n’est pas toujours appliqué dans la pratique Référence14. Les pertes en amont telles que les rémanents d’exploitation et d’autres déchets de matières premières peuvent libérer des quantités significatives de CO₂ avant que la biomasse utilisable n’entre dans la limite de l’ACV. En commençant la comptabilisation plus en amont, on pourrait mieux prendre en compte ces pertes et avoir une image plus complète du cycle du carbone de chaque matériau.
Les matières premières ne présentent pas toutes le même défi. Les résidus agricoles et les sous-produits, tels que la paille, auraient libéré tout leur carbone dans l’atmosphère peu après la récolte. L’incorporation de ces matériaux dans des produits de construction transforme ce qui, autrement, se décomposerait ou serait brûlé en une période de stockage de carbone mesurable. Ces matériaux à cycle court sont beaucoup plus simples à comptabiliser que les systèmes à rotation longue, car les flux de carbone sont largement confinés au module de produit même.
En revanche, les produits en bois illustrent à quel point la comptabilisation incomplète peut devenir complexe. Environ la moitié du poids sec d’un arbre est du carbone, pourtant une grande partie de ce carbone stocké ne se retrouve jamais dans des produits Référence1. D’importantes quantités de débris (branches, écorce, cimes et racines) restent dans la forêt, où elles sont souvent brûlées ou laissées à se décomposer. Pour obtenir une pile de bois de dimension à partir d’un arbre rond, une grande partie de la biomasse originale est perdue. Des études suggèrent qu’environ la moitié de la biomasse forestière récoltée est laissée sur place, gaspillée ou incinérée pendant la récolte et le traitement (Corgan, 2022); ainsi, une part substantielle du carbone de l’arbre est libérée dans l’atmosphère avant même que les produits n’atteignent le bâtiment. Toutefois, toutes ces pertes ne sont pas prises en compte dans les ACV de produits ou les DEP.
La gestion de ces résidus est également importante, en particulier pour les produits de bois. La combustion libère des émissions immédiatement, tandis que des solutions de rechange comme le paillage peuvent réduire les impacts. Il est essentiel de comptabiliser avec précision ces flux à l’étape d’extraction pour une comptabilisation crédible du carbone et pour comparer les matériaux de façon égale. Sans modéliser explicitement ces flux, les évaluations risquent de surestimer le bénéfice carbone des produits et de masquer d’importantes différences entre les pratiques de gestion.
Certaines matières premières en bois peuvent éviter complètement ces compromis. Le bois provenant des opérations d’éclaircissage ou des abattages d’arbres urbains, par exemple, provient de la biomasse qui aurait autrement été brûlée ou laissée à se décomposer, libérant du CO₂. L’utilisation de ce matériau dans des produits durables transforme une émission inévitable en une période de stockage mesurable.
Les dynamiques d’utilisation des terres jouent également un rôle crucial. Lorsque la demande accrue de matériaux d’origine biologique remplace la production alimentaire ou entraîne la conversion des terres, les émissions résultantes – à la fois immédiates (enlèvement de la végétation) et à long terme (perte du potentiel de séquestration futur) – peuvent l’emporter sur les avantages du stockage. En revanche, les matériaux dérivés de résidus ou de sous-produits évitent la plupart de ces problèmes, car ils utilisent des matériaux qui, autrement, entreraient dans des cycles du carbone à court terme. Ces relations sont bien établies dans la littérature sur les biocarburants (Levasseur, 2010), mais restent largement inexplorées dans le contexte des matériaux de construction.
Étendre les limites du système pour capturer ces flux pré-produit et hors périmètre ne signifie pas que chaque modèle doit les calculer explicitement. Au contraire, des méthodes crédibles devraient reconnaître où ces flux existent et, dans la mesure du possible, commencer la délimitation comptable plus en amont. Ce cadre plus large met en évidence non seulement l’importance de saisir tous les mouvements de carbone pertinents, mais soulève également une question plus profonde sur la manière dont ces mouvements sont attribués en premier lieu, un enjeu de directionnalité.
3.4.2 Directionnalité
La directionnalité renvoie à la prise en compte de l’absorption de carbone provenant de matières premières biogéniques avant ou après la récolte. En d’autres termes, c’est un choix de modélisation concernant le moment où les éliminations de carbone sont reconnues, et non une propriété physique du système même.
Dans une approche rétrospective, l’absorption de CO₂ par photosynthèse pendant la croissance des plantes est considérée comme un avantage climatique lorsque la matière première entre dans le système de produit. Cela signifie que la biomasse récoltée est considérée comme négative en carbone au moment de la fabrication. Cette convention est utilisée dans la plupart des ACV statiques. Cette approche laisse entendre que le carbone stocké dans le produit représente un nouveau bénéfice climatique au moment de la fabrication, même si le carbone séquestré a déjà été absorbé dans l’atmosphère avant la récolte. Comme le notent certains auteurs, puisqu’au moment où la plante est coupée, l’atmosphère a déjà reflété cette absorption, le climat ne s’est pas amélioré davantage à ce moment-là.
L’approche prospective, en revanche, attribue la séquestration à la régénération qui se produit après la récolte et en raison de celle-ci. Il considère la récolte comme créant une dette de carbone temporaire qui est remboursée à mesure que la biomasse de remplacement se développe. Comme l’explique Chilton (2024), [TRADUCTION] « le principal avantage du carbone dans la construction à l’aide de matériaux d’origine biologique n’est pas le transfert du carbone biogénique récolté dans la nature vers le parc immobilier, mais plutôt le CO₂ additionnel qui est éliminé de l’atmosphère lorsque les sources de fibres biogéniques se régénèrent. Pour ces raisons, une approche prospective est une approche plus appropriée aux fins de la prise de décision ». Cette perspective met en évidence la régénération comme le principal facteur de différenciation parmi les matières premières et est souvent considérée comme plus significative pour évaluer le véritable avantage climatique des matériaux d’origine biologique.
Le moment de la régénération est très important. Les arbres à croissance lente mettent des décennies à rééquilibrer le carbone libéré lors de la récolte et de la production, tandis que des cultures à croissance rapide telles que la paille, le chanvre ou le bambou peuvent récupérer les émissions beaucoup plus rapidement et offrir un effet de refroidissement à court terme. Comme l’observe Chilton (2024), [TRADUCTION] « les DEP traitent tous les bioproduits de la même manière, indépendamment de la vitesse de régénération des fibres biogéniques (c’est-à-dire la vitesse de l’élimination du carbone). Il s’agit d’une manière inexacte et non représentative de mesurer les effets climatiques, ce qui ne reflète pas les réalités et les avantages tangibles de l’utilisation de fibres à croissance rapide ».
Levasseur (2010) démontre le même principe dans les systèmes de bioénergie. La combustion de la biomasse libère plus de gaz à effet de serre par unité d’énergie que les combustibles fossiles, créant une dette de carbone qui n’est remboursée que lors de la régénération de la biomasse. Étant donné que les forêts peuvent mettre un siècle à se rétablir, la libération du carbone stocké dans des matériaux d’origine biologique à croissance lente peut aggraver le réchauffement à court terme, même si le système finit par atteindre un équilibre au fil du temps. Ce fait illustre le défi de la comptabilisation prospective : le moment de la régénération par rapport aux émissions détermine si un système offre des avantages climatiques à court terme ou aggrave le réchauffement. Sur de très longues périodes, ces deux perspectives finissent par converger, mais dans les délais plus courts qui comptent pour l’action climatique, elles peuvent mener à des résultats très différents. La modélisation dynamique rend cela visible, montrant que certains matériaux à croissance rapide peuvent passer d’émissions nettes à stockage net en seulement quelques mois ou années – quelque chose que les méthodes statiques ne peuvent pas saisir.
3.4.3 Principales observations
Dans les évaluations du cycle de vie statiques et dynamiques, aucune méthode unique ne saisit entièrement un flux d’inventaire complet du carbone biogénique. Les pertes en amont, le moment de la régénération et les effets de l’utilisation des terres sont souvent exclus, tandis que les hypothèses directionnelles peuvent influer sur la manière dont le résultat est présenté. Une méthode crédible future doit donc tenir compte de tous les flux de carbone, de la récolte à la régénération et à la fin de vie, afin que les résultats reflètent l’ensemble du cycle plutôt qu’un instantané partiel.
L’exhaustivité, et non la simplification, devrait constituer le fondement. Une approche robuste irait au-delà des limites du produit utilisées dans l’ACV statique pour inclure les étapes avant et après l’utilisation, reconnaîtrait que la régénération et la libération se déroulent dans le temps, et refléterait comment les pratiques de gestion façonnent les résultats réels. Les utilisateurs devraient pouvoir consulter les résultats sur n’importe quelle période : 25, 60, 100 ou même 500 ans. Bien que la modélisation doive saisir l’ensemble de la trajectoire des flux de carbone, y compris la décomposition ou le stockage à long terme, la période de rapport à elle seule devrait s’aligner sur les périodes les plus pertinentes pour l’action climatique. La définition de cette période relève en fin de compte d’une décision stratégique ou normative, mais l’outil de calcul devrait permettre de visualiser les résultats à n’importe quel moment. Ce n’est qu’en saisissant la vue d’ensemble que les méthodes futures peuvent communiquer la véritable valeur climatique du carbone biogénique stocké.
3.5 Superposition avec l’ACV conventionnelle
La prise en compte du moment des émissions et de la séquestration dans l’analyse du cycle de vie ne signifie pas abandonner les méthodes existantes. Une approche basée sur le temps peut s’appuyer directement sur la structure de l’ACV conventionnelle, en utilisant les mêmes modules comme sources de données. Cette superposition avec l’ACV conventionnelle est essentielle si une nouvelle approche dynamique doit obtenir une adoption substantielle dans l’industrie.
Une méthodologie dynamique pourrait s’appuyer sur des modèles d’ACV établis pour fournir les données et les hypothèses des modules A1, A3, A5, B4, C4 et D, ainsi que des renseignements clés sur le produit tels que la durée de vie prévue et la teneur en carbone biogénique. Les facteurs supplémentaires mentionnés dans ce rapport – les pertes de carbone de préproduits, les cycles de régénération et les scénarios représentatifs de fin de vie – peuvent être ajoutés aux données de base provenant de l’ACV conventionnelle. De cette manière, une méthodologie dynamique robuste pourrait être réalisée parallèlement aux évaluations conventionnelles, ajoutant une perspective temporelle aux flux de carbone déjà signalés par des méthodes statiques.
Cette approche maintient la compatibilité avec les flux de travail existants pour les praticiens de l’ACV et permet aux résultats de rester comparables entre les outils et les normes. Cela évite de dupliquer les efforts tout en rendant les effets visibles en fonction du temps, soutenant à la fois l’exactitude scientifique et l’adoption pratique. En s’appuyant sur des structures familières, un superposition dynamique peut aider à intégrer la comptabilisation temporelle dans la pratique courante sans perturber les systèmes déjà en place.
4. Résultats et observations
Une approche canadienne pertinente et crédible pour évaluer le carbone biogénique stocké doit établir un inventaire robuste exhaustif incluant les flux de carbone liés à la récolte, le moment des émissions, la dynamique de régénération et les flux de fin de vie. Aucune méthode existante n’atteint actuellement ce niveau d’exhaustivité des inventaires.
Les méthodes diffèrent dans la façon dont elles gèrent les remplacements, la fin de vie et l’exhaustivité des stocks. Certaines approches reconnaissent les émissions retardées ou évitées en fonction de l’utilisation des matériaux, des cycles de remplacement ou de l’élimination, mais aucune ne tient compte des pertes qui se produisent avant la phase du produit, comme les résidus de récolte. Ces premiers flux peuvent libérer de façon important du carbone et sont essentiels pour un comptage précis.
La recherche comparative montre que le retardement des émissions par le stockage du carbone modifie le moment de la décomposition atmosphérique et la trajectoire de forçage radiatif qui en résulte; pourtant la plupart des approches les saisissent de manière similaire. Que le temps soit représenté par l’actualisation, l’attribution de crédits ou la modélisation dynamique, les résultats tendent à converger lorsque les mêmes paramètres sont appliqués. Cela porte à croire que la cohérence des hypothèses concernant l’horizon temporel en particulier, ainsi que des facteurs tels que les taux de régénération et les scénarios de fin de vie, peut autant ou plus influer sur les résultats que la méthode spécifique choisie.
Les différences dans les horizons temporels créent souvent de la confusion sans améliorer la compréhension. Une approche dynamique d’ACV efficace pour le Canada établirait des normes de calcul qui s’étendent sur l’ensemble du cycle de vie des matériaux, par exemple de 200 à 500 ans, permettant aux utilisateurs de visualiser les impacts climatiques à tout moment le long de ce continuum. La littérature note constamment que le choix d’un horizon temporel dans l’ACV est un choix délicat qui introduit un biais dans les résultats. Un cadre plus crédible devrait fonder les calculs sur des flux d’inventaire complets plutôt que sur des périodes fixes. Les résultats pourraient alors être considérés comme des instantanés le long d’une chronologie continue, tenant compte des différentes perspectives en matière de politique et de conception tout en maintenant la transparence sur ce que chaque période inclut ou omet. Ensemble, ces résultats soulignent la nécessité d’une voie pratique et transparente à suivre, qui s’appuie sur les systèmes existants tout en cernant les lacunes relevées dans cet examen.
5. Recommandations et voie à suivre
5.1 Critères pour tenir compte de la valeur de stockage du carbone biogénique de manière appropriée
Le temps compte : les émissions et les retraits qui se produisent à différents moments ont des effets climatiques différents. Pour évaluer le carbone biogénique de manière crédible, les futures méthodes canadiennes doivent représenter l’ensemble du cycle de vie des matériaux biogéniques dans le temps.
L’exhaustivité de l’inventaire est le fondement de la crédibilité. La comptabilisation devrait inclure les pertes en amont telles que les résidus de coupe de bois et de transformation, suivre la dynamique de régénération, et suivre les voies de fin de vie jusqu’à leur achèvement, en veillant à ce qu’aucun flux de carbone majeur ne soit laissé non comptabilisé. Au cours de cette période complète, les utilisateurs devraient être en mesure de consulter à tout moment les résultats pertinents pour leur objectif, que ce soit pour des politiques, la conception ou la recherche.
Une approche pratique s’appuierait sur les approches d’ACV déjà en usage. Cet alignement permettrait de superposer des paramètres dynamiques sur des données et des flux de travail existants sans nécessiter une toute nouvelle infrastructure ou de nouveaux ensembles de données. Les résultats devraient rester exprimés en éq. CO₂ tout en incluant des paramètres ou des paramètres complémentaires.
L’utilisabilité est essentielle pour l’adoption. Même la méthode la plus scientifiquement solide échouera si elle ne peut pas être appliquée en pratique. Les méthodes futures devraient être cohérentes, transparentes, communicables et faciles à utiliser dans les environnements d’outils existants. Les praticiens devraient être en mesure de les appliquer avec des données accessibles et d’interpréter des résultats qui éclairent directement les décisions en matière de conception, d’approvisionnement et de politique. L’objectif est de rendre la comptabilisation du carbone biogénique scientifiquement solide et opérationnellement pratique.
5.2 Considérations techniques et de mise en œuvre
Choix de l’utilisateur concernant l’horizon temporel : Les résultats devraient être disponibles à plusieurs horizons temporels, pas seulement à une seule vue de 100 ans, permettant de visualiser les résultats à 25, 60 ou 500 ans au sein d’un même modèle. Cela permet de s’aligner sur les normes conventionnelles tout en montrant les valeurs à court et à long terme du stockage de carbone et en démontrant de manière transparente si des flux de carbone importants sont omis.
Calcul au niveau du produit : Les calculs doivent être effectués au niveau du produit et agrégés au niveau du bâtiment, car chaque produit a sa propre durée de vie et son propre profil de remplacement. Cela soutient la cohérence avec les pratiques actuelles de l’ACV.
Portée de l’évaluation : L’accent devrait rester sur le stockage direct du carbone, et non sur les effets de substitution ou les émissions évitées. L’objectif est de valoriser le temps pendant lequel le carbone est physiquement stocké dans les matériaux, et non de créditer des économies hypothétiques provenant d’échanges de produits.
Rapportant à la fois le stockage brut et net : Pour la transparence et la comparabilité, les résultats bruts et nets devraient être signalés. Les valeurs brutes montrent le total du carbone stocké dans les matériaux, tandis que les valeurs nettes reflètent l’équilibre après avoir tenu compte des émissions tout au long du cycle de vie du produit.
Hypothèses de fin de vie et de remplacement : Les scénarios de fin de vie doivent refléter de véritables voies d’élimination et les émissions retardées provenant du recyclage, de la réutilisation ou de la décomposition. Les cycles de remplacement devraient être modélisés de manière dynamique pour montrer comment le stockage s’accumule ou décline sur plusieurs cycles de vie de produits, tout en maintenant la cohérence avec l’évolution des pratiques d’ACV.
Plusieurs paramètres : La méthode pourrait soutenir plusieurs paramètres de rapport, tels que le potentiel de réchauffement du globe (PRG), le potentiel de température globale (PTG) ou le forçage radiatif (W/m²). Cela permet de s’aligner à la fois sur la science climatique et sur les cadres stratégiques existants tout en maintenant cohérent le moteur de calcul de base.
5.3 Voies recommandées et considérations pratiques
L’élaboration future devrait porter sur la création d’une méthode qui répond à ces critères et s’aligne avec l’écosystème climatique et de données général du Canada. Les mesures suivantes sont recommandées pour faire avancer une approche crédible et pratique.
Affiner et tester les flux d’inventaire élargis : Les travaux futurs devraient tester et affiner les flux de carbone supplémentaires figurant dans le présent rapport pour confirmer leur exhaustivité et déterminer où des simplifications sont possibles. Cela pourrait inclure une hypothèse par défaut du « pire scénario » pour des facteurs inconnus, tels que les rémanents d’exploitation non gérés, ainsi que des options du « meilleur scénario » améliorées fondées sur des pratiques certifiées ou des systèmes de gestion vérifiés.
Renforcer les données sur le carbone biogénique et la transparence : Une approche cohérente et transparente est nécessaire pour la manière dont le carbone biogénique est représenté dans les déclarations environnementales de produit et les ensembles de données d’ACV. Lorsque le carbone biogénique n’est pas déclaré séparément, une méthode de calcul standard devrait reposer sur des normes acceptées pour déterminer la masse physique de carbone dans toute matière première. Les ensembles de données sur les produits devraient également inclure la teneur en carbone biogénique, les hypothèses de régénération et les scénarios de fin de vie. La coordination fédérale pourrait aider à normaliser et à maintenir ces champs de données afin d’assurer une utilisation nationale cohérente dans l’ensemble des outils et des projets. La certification Stockage Carbone stocké dans la construction en Europe est la première certification ouverte au monde pour le stockage de carbone dans les bâtiments, ce qui permet aux entreprises de construction, aux gouvernements et au secteur financier de transformer l’environnement bâti en un puits de carbone fondé sur la nature », et fournit une méthodologie robuste pour évaluer de manière statique le carbone biogénique dans les bâtiments.
Évaluer les horizons temporels prolongés : Les travaux futurs devraient évaluer quels horizons d’évaluation (par exemple, 200 ou 500 ans) équilibrent le mieux l’exhaustivité et l’aspect pratique. L’objectif est de s’assurer que le stockage et la libération à long terme sont saisis aussi complètement que possible sans introduire de complexité inutile.
Aligner la modélisation dynamique sur les scénarios climatiques canadiens : Les cadres de modélisation dynamique existants devraient être examinés et testés par rapport aux scénarios climatiques sélectionnés du Canada afin de confirmer leur cohérence et leur alignement. Cette étape aiderait à garantir que les résultats sont compatibles avec les modèles de politique nationale et les voies climatiques mondiales.
Coordonner la collaboration entre plusieurs intervenants : L’élaboration d’une approche robuste et harmonisée nécessitera une coordination entre les secteurs et les frontières. Les partenaires de l’industrie, les chercheurs et les décideurs politiques devraient collaborer à un cadre commun pour évaluer le stockage de carbone biogénique dans les matériaux de construction durables, en garantissant une cohérence internationale tout en répondant aux besoins canadiens.
Intégrer avec les outils et les flux de travail existants : La mise en œuvre devrait suivre la voie la plus légère possible, nécessitant un minimum de nouvelles contributions de la part des utilisateurs et tirant parti des outils d’ACV canadiens existants. L’objectif est d’améliorer et non de remplacer la pratique actuelle.
Confirmer les limites du système : Bien que les étapes de transport et d’installation (A4-A5) aient généralement une influence limitée sur les matériaux biogéniques, leur exclusion devrait être testée pour la sensibilité afin de garantir que les limites restent scientifiquement et pratiquement justifiées.
6. Conclusions
Les efforts d’atténuation du climat au cours des 25 à 50 prochaines années seront essentiels pour empêcher le monde de franchir des seuils climatiques irréversibles. Chaque tonne de carbone évitée dans l’atmosphère pendant cette période compte. La reconnaissance et la valorisation du stockage de carbone biogénique permettent à l’industrie de la construction de poursuivre activement des stratégies efficaces pour transformer les bâtiments en puits de carbone, en valorisant des matériaux tels que le bois, la paille, le chanvre et les fibres du flux des déchets comme des solutions climatiques véritables. L’intégration de ces principes dans les cadres comptables canadiens aiderait le climat à se rétablir tout en soutenant une transformation à long terme.
En fin de compte, l’approche du Canada devrait garantir l’exhaustivité de l’inventaire, la transparence et la compatibilité avec les outils d’ACV existants tout en restant suffisamment simple pour une large adoption. L’exhaustivité et la flexibilité sont les pierres angulaires d’une méthode d’évaluation crédible.
L’utilisation du temps comme dénominateur redéfinit la façon dont l’impact est compris. Cela déplace la question de savoir si le stockage est temporaire ou permanent vers la durée pendant laquelle le carbone reste hors de l’atmosphère quand cela compte le plus. En intégrant le temps directement dans la comptabilisation, les méthodes futures peuvent révéler comment les avantages climatiques du carbone stocké se développent et persistent. Un cadre reposant sur ces principes donnerait aux praticiens la clarté et la confiance nécessaires pour tenir compte du carbone biogénique de manière à renforcer à la fois l’action climatique immédiate et à long terme.