De la pluie au risque : comment sont élaborées les cartes d’aléas d’inondation

Aider les communautés à se préparer avant la montée des eaux

Avril 2026

Par Laura Thomas pour Ressources naturelles Canada et La Science Simplifiée

En signalant les risques d’inondation avant la montée des eaux, les cartes d’aléas d’inondation constituent des outils pratiques pour faire un choix éclairé quant au lieu de résidence et au mode de vie à adopter. Chaque carte reflète un travail collectif de personnes, de données et de science qui, ensemble, répondent à une question simple, mais urgente : Où l’eau ira-t-elle ensuite?

Comprendre les risques d’inondation ne relève plus du simple « bon à savoir ». C’est l’un des moyens les plus importants dont disposent les scientifiques et les communautés pour travailler ensemble afin de protéger les habitations, les infrastructures et de veiller les uns sur les autres, bien avant l’arrivée de l’eau.

Un homme debout sur une pente, avec une forêt, une rivière et une chaîne de montagnes en arrière-plan.

Brian Perry, scientifique à RNCan, lors d’une excursion en Alberta.

Anticiper le risque d’inondation avant que celle-ci ne se concrétise

Les inondations constituent l’aléa naturel le plus fréquent et le plus coûteux au Canada. Pourtant, bien des gens ignorent que leur communauté peut être à risque.

« Des endroits seront inondés, que l’on ait une carte ou non », explique Brian Perry, scientifique à Ressources naturelles Canada (RNCan). « Une carte d’aléas d’inondation ne crée pas de zone inondable. L’objectif de ces cartes est d’informer la population canadienne des risques et de la façon de se préparer aux inondations. »

Les inondations sont déterminées par bien plus de facteurs que la simple montée du niveau de l’eau. Le relief, le sol, la végétation, les régimes météorologiques, les infrastructures et même ce qui se trouve sous la surface de l’eau influencent le mouvement de l’eau. Bien que la cartographie des zones inondables existe depuis des décennies, la science qui la sous-tend a considérablement progressé. Des collectes de données améliorées, une puissance de calcul accrue et des modèles climatiques plus performants permettent maintenant à des scientifiques comme Brian de comprendre le comportement des crues d’une manière qui n’était pas possible il y a à peine une génération.

Un chercheur portant un gilet de sécurité et des lunettes de soleil tient un appareil et se tient dans un champ, avec une rivière en arrière-plan.

Le scientifique de RNCan, Maxim Fortin, effectue un relevé de terrain à l’aide d’un équipement GPS de haute précision afin de recueillir des données d’élévation.

Partout au pays, des scientifiques, des ingénieurs et des communautés combinent des ensembles de données détaillés, des modèles avancés et des observations locales pour produire des cartes d’aléas d’inondation claires, qui traduisent une science complexe en informations pratiques qu’on peut utiliser directement. À RNCan, Brian travaille aux côtés de Charles Papasodoro et de Maxim Fortin, dont l’expertise couvre les données d’élévation, la modélisation et le contrôle de la qualité, afin de recueillir et de traiter les données qui permettront aux planificateurs de l’aménagement du territoire et aux gouvernements de produire des cartes précises à l’intention de leurs communautés.

La collecte de données

Chaque carte d’aléas d’inondation commence par une question simple : À quoi ressemble réellement le terrain?

Pour y répondre, on recueille des données de haute résolution sur le paysage au moyen du lidar. Cette technologie de détection et de télémétrie par la lumière envoie des impulsions laser depuis un aéronef vers le sol et mesure le temps qu’il leur faut pour revenir, ce qui permet de créer une image 3D précise de la surface du terrain, avec une précision de 5 à 10 centimètres.

Graphique d’un avion utilisant un instrument lidar pour envoyer des impulsions lumineuses vers le sol. Une carte avec des montagnes, des lacs et des arbres se trouve sous l’avion.

Un avion utilisant le lidar pour cartographier les données d’élévation.

Charles dirige une équipe qui veille à ce que ces données d’élévation soient cohérentes et fiables. Le lidar peut détecter l’élévation du sol même sous une végétation dense, produisant une image claire du terrain. Ces levés génèrent des milliards de points de données, formant un nuage de points 3D du paysage. À l’aide d’algorithmes avancés, ces points sont analysés et classés, par exemple, comme représentant le sol, la végétation, les bâtiments ou l’eau, puis utilisés pour générer un modèle numérique de terrain, qui fournit les données clés pour la modélisation moderne des inondations.

« Notre objectif est simple, explique Charles. Nous voulons une couverture de l’élévation cohérente, précise et à jour de l’ensemble du pays. Même de petites différences d’élévation peuvent déterminer si l’eau s’écoule vers une maison ou s’en éloigne. »

Aujourd’hui, les données d’élévation de haute résolution pour les régions les plus peuplées du Canada sont accessibles au public par l’entremise du Modèle numérique d’élévation à haute résolution (MNEHR) et de la Mosaïque MNEHR.

Une carte montrant une rivière traversant des quartiers.

Une carte de données d’élévation à haute résolution d’une rivière au Nouveau-Brunswick.

Suivre l’eau

Une fois que l’équipe de Charles confirme que les données d’élévation sont prêtes, la question suivante, pour Brian et Maxim, est : « Et si jamais? »

L’étape suivante consiste à réaliser les travaux de modélisation, effectuant des simulations d’inondation qui reproduisent la façon dont l’eau se déplacerait sur le terrain selon différentes conditions. L’élévation n’est qu’un élément parmi d’autres. Les modèles comprennent également la couverture terrestre et l’utilisation des terres, les infrastructures comme les routes et les ponts, ainsi que la bathymétrie (les profondeurs et les contours des fonds de lacs, de rivières et d’océans). Dans de nombreux endroits, des équipes de levés mesurent directement les profondeurs des rivières pour assurer l’exactitude des données.

Un homme assis devant un ordinateur, regardant l’écran. L’écran affiche une simulation d’inondation sur une carte.

Charles Papasodoro, scientifique à RNCan.

Grâce à la puissance de calcul actuelle, les scientifiques peuvent simuler les interactions complexes entre l’eau, le terrain et les infrastructures avec une précision remarquable, révélant comment les inondations sont susceptibles de se comporter avant qu’elles ne se produisent.

Quelle quantité d’eau y a-t-il?

À l’aide de données historiques sur les chutes de pluie, de modèles de fonte des neiges, de données de jaugeage des cours d’eau et d’événements pluvio-hydrologiques simulés, les scientifiques estiment la quantité d’eau qui pourrait entrer dans un système selon des scénarios allant des tempêtes courantes aux événements extrêmes rares.

Où l’eau va-t-elle?

Des modèles informatiques avancés simulent la façon dont l’eau se déplace dans les rivières, les zones inondables, les rues et les quartiers. Différents modèles sont utilisés pour évaluer les effets des ondes de tempête côtières, des inondations fluviales et lacustres, ainsi que des inondations causées par les embâcles lors de la fonte printanière.

Transformer la science des inondations en cartes utilisables

Toute cette science est intégrée dans une carte d’aléas d’inondation. Ces cartes numériques montrent où des inondations pourraient se produire selon différents scénarios, traduisant les données d’élévation brutes et d’autres intrants en informations claires et pratiques pour les communautés et les décideurs. Les provinces et les territoires déterminent les zones prioritaires en fonction de l’historique des inondations et des risques d’inondation, et dirigent les travaux locaux de cartographie des inondations en étroite collaboration avec leurs partenaires fédéraux.

Les cartes d’aléas d’inondation aident les gouvernements, les planificateurs et les communautés à comprendre quelles zones pourraient être inondées. Grâce à ces cartes, les décideurs peuvent mieux déterminer où construire des infrastructures et où de nouveaux aménagements devraient ou non être réalisés. Ces cartes servent également lors de la planification des mesures d’urgence, aidant les communautés à cerner les zones exposées aux inondations, à planifier les évacuations ou d’autres interventions et à se préparer aux inondations futures avant qu’elles ne se produisent.

La mobilisation des communautés est essentielle. Les connaissances locales, notamment les souvenirs d’inondations passées, la connaissance directe des zones problématiques et l’expérience vécue, contribuent à valider et à améliorer les cartes.

Une fois terminées, les cartes d’aléas d’inondation sont diffusées en ligne sur des portails publics. L’Inventaire des cartes de zones inondables du Canada aide les gens à savoir où des cartes ont été élaborées et à y accéder.

Sensibiliser aux inondations pour assurer la sécurité des communautés

Les inondations ont toujours fait partie du paysage canadien. Ce qui change, c’est notre capacité à mieux voir les risques avant la montée des eaux.

Derrière chaque carte d’aléas d’inondation se trouve un réseau de scientifiques, d’ingénieurs, de techniciens, d’administrations locales et de membres de la communauté qui poursuivent le même objectif : aider les gens à comprendre le risque et à rester en sécurité. Lorsque la science et les connaissances locales se conjuguent, le risque qui était invisible devient visible et les communautés sont mieux préparées à affronter l’avenir avec confiance.

Pour en savoir plus :

Comment les cartes d’inondation protègent les communautés

Cartographie des inondations : chaque minute compte

Programme d’identification et de cartographie des aléas d’inondation

Inondations et préparation aux situations d’urgence