Ébauche de plan d’action pour transformer le secteur forestier canadien

Ébauche de travail pour discussion avec les provinces et territoires

Au cours des 20 dernières années, le secteur forestier canadien a été confronté à des crises successives. Le secteur se trouve actuellement dans une période charnière marquée par la confluence des différends commerciaux, des défis liés à l’approvisionnement en fibres, de la concurrence des bas prix et de l’évolution des exigences des consommateurs. Cette situation exerce une pression sans précédent sur l’industrie, les économies régionales et les communautés tributaires de la forêt.

Pendant des décennies, les gouvernements ont mis en place des programmes pour favoriser l’investissement, la recherche, l’innovation, la participation des populations autochtones et la diversification des marchés dans le secteur forestier canadien. Ces programmes ont eu un impact, mais ils n’ont pas permis d’opérer une transformation à grande échelle, suffisante pour relever les défis actuels.

Concrètement, 88 % des forêts canadiennes appartiennent aux provinces et aux territoires. Ces derniers prennent leurs décisions en matière d’utilisation des forêts en tenant compte de multiples intérêts, souvent divergents tels que: le rôle important que jouent les forêts dans la biodiversité et la régulation du climat, leur rôle fondamental dans une industrie majeure qui crée des emplois et fournit les produits essentiels aux Canadiens, et la satisfaction de notre besoin et de notre amour des loisirs et des activités de plein air. Les provinces et les territoires assument également d’autres responsabilités essentielles notamment la consultation de la Couronne auprès des groupes autochtones en matière de gestion forestière.

Ce plan d’action fédéral répond aux recommandations du groupe de travail 2026 sur la transformation du secteur forestier canadien. Il propose une vision et un plan d’action pour que le gouvernement fédéral collabore avec les provinces et les territoires afin de favoriser la transformation pour le succès à long terme du secteur forestier.

Travailler ensemble pour transformer le secteur forestier canadien

Des efforts globaux, coordonnés et soutenus de la part des deux ordres de gouvernement, de l’industrie et des partenaires autochtones seront essentiels pour parvenir à une vision commune qui place le secteur forestier en position de réussite à long terme.

Le gouvernement du Canada mettra en œuvre une Stratégie pour le secteur forestier au Canada en s’appuyant sur quatre piliers :

  1. assurer un approvisionnement concurrentiel pour stimuler les investissements;
  2. réorienter et transformer le secteur grâce à l’investissement, au partenariat et à l’innovation;
  3. rechercher de nouveaux marchés et de nouvelles opportunités; et
  4. soutenir les communautés et les travailleurs.

L'objectif du gouvernement est de transformer le secteur et de réaliser la vision suivante --

Vision

Le Canada est l’un des principaux fournisseurs mondiaux de produits forestiers traditionnels et avancés, maximisant la valeur et la durabilité de ses actifs forestiers.

Comment y parvenir : programme de transformation

Premier pilier : Assurer un approvisionnement concurrentiel pour stimuler les investissements

Le secteur forestier est un secteur manufacturier. Il est fondamental d’assurer un accès prévisible et concurrentiel à la fibre de bois canadienne. L’alourdissement de la réglementation, notamment à travers le chevauchement des compétences entre les paliers de gouvernement, et les décisions relatives à la protection et à la conservation du territoire (milieux naturels, réserves fauniques, aires protégées, etc.) limitent la disponibilité du bois. Le Groupe de travail a constaté que les réformes provinciales répétées des dernières années ont entraîné une réduction de l’accès de l’industrie à la fibre, des conflits quant à la gestion des forêts et une baisse de la confiance des investisseurs.

Pour garantir la compétitivité de l’offre, le gouvernement fédéral propose les actions de collaboration suivantes afin de favoriser la transformation :

  • Faire des investissements fédéraux dans les régions où il est démontré qu’il existe un accès à long terme à la fibre à un coût compétitif.
  • Mettre en place un programme sur la fibre pour piloter de nouveaux modèles de tenure et de gestion avec les provinces et territoires et les groupes autochtones qui le souhaitent, notamment en privilégiant :
    • Tester et adopter de nouveaux modèles de gestion, de propriété et de tenure des forêts afin de réduire les coûts de la fibre, d’accroître la prévisibilité de l’approvisionnement et d’encourager l’investissement.
    • Accroître la participation des communautés autochtones et des propriétaires forestiers locaux à la gestion de la fibre.
  • Prendre des mesures avec les provinces et les territoires pour améliorer l’efficacité et la certitude de la réglementation, selon des échéanciers précis.

Nous devons également tenir compte des nouvelles réalités climatiques et de leur impact sur l’approvisionnement en fibres. Les forêts canadiennes sont de plus en plus menacées par des incendies de forêt et des invasions d’insectes plus fréquents et plus graves. Mesures collaboratives proposées :

  • Fournir des données scientifiques à l’échelle nationale, partager des données, cartographier les risques, numériser et améliorer la mobilisation des connaissances pour une prise de décision éclairée, notamment par l’intermédiaire de la Mission GardeFeu.
  • Soutenir les activités d’Intelli-feu pour protéger les communautés et les infrastructures essentielles.

Deuxième pilier : Réorienter et transformer le secteur grâce à l’investissement, au partenariat et à l’innovation

L’effort à fournir et l’ampleur des investissements de transformation nécessaires sont considérables. Les instruments financiers comme les contrats de différence et les accords d’achat peuvent contribuer à réduire les risques liés aux investissements dans les technologies. Les projets potentiels comprennent la production de carburant d’aviation durable, le biocarbone et la bioénergie avec capture et stockage du carbone, représentant des besoins d’investissement allant jusqu’à un milliard de dollars par installation.

La modernisation des installations qui sont des maillons clés des chaînes d’approvisionnement sera également importante - les investissements nécessaires à la modernisation des usines comprennent des projets dont la taille varie entre 250 millions et plus d’un milliard de dollars. Les bioraffineries qui utilisent des sous-produits de bois ont besoin d’un investissement allant d’un à trois milliards de dollars chacune. Plusieurs régions du Canada sont susceptibles d’attirer ces installations qui, à leur tour, constitueraient un point d’ancrage essentiel pour le reste de la chaîne d’approvisionnement en produits forestiers, de la même manière qu’une usine de pâtes et papiers peut l’être aujourd’hui. Elles apportent également des emplois stables et de qualité, créant ainsi un cercle vertueux pour les travailleurs, les communautés et l’innovation. Mesures collaboratives proposées :

  • Mettre en place un fonds de transformation avec des mesures bancables, par exemple des prêts, des garanties de prêts et des contrats de différence;
  • Mettre l’accent sur les usines d’ancrage qui peuvent soutenir des grappes industrielles régionales;
  • S’assurer que les politiques envoient des signaux clairs et cohérents pour renforcer la capacité de production nationale à valeur ajoutée, de produits en bois massif aux bioproduits forestiers avancés.

Alors que les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux continuent à donner la priorité aux politiques « Achetez Canadien » et à investir des fonds publics importants dans le logement, ces investissements - envoient d’importants signaux de la demande en associant à une politique publique claire, favorable et coordonnée qui favorise le bois en tant que matériau à faible teneur en carbone pour la construction et d’autres produits de consommation et industriels. Mesures collaboratives proposées :

  • Adopter des politiques visant à ce que le Canada soit lui-même son meilleur client pour les produits du bois.
  • Veiller à ce que le bois soit prioritaire dans les investissements en matière de logement par l’intermédiaire de Maisons Canada et de l’Agence de logement des Forces canadiennes, ainsi que dans le cadre de la politique « Achetez canadien » affiner.
  • S’attaquer aux obstacles qui empêchent de construire davantage en bois et d’utiliser d’autres matériaux avancés à base de bois, notamment les exigences en matière d’assurance, les codes et normes de construction, et collaborer avec les provinces et territoires pour accroître l’utilisation de la construction en bois pour tous les types de bâtiments.

Troisième pilier : Rechercher de nouveaux marchés et de nouvelles opportunités

Les schémas commerciaux mondiaux se réorganisent, et si les États-Unis resteront un marché important pour les produits forestiers canadiens, d’autres pays sont à la recherche de produits à base de bois d’origine durable. Afin de tirer parti de la réputation du Canada en tant que partenaire solide, démocratie stable et producteur fiable pour devenir le fournisseur de choix des produits forestiers traditionnels et avancés, le gouvernement fédéral propose les mesures collaboratives suivantes pour favoriser la transformation :

  • Investir dans les infrastructures de commerce et de transport, en particulier les capacités ferroviaires et portuaires, afin d’acheminer les marchandises de manière plus rentable vers de nouveaux marchés.
  • Développer et étendre les programmes de transformation du secteur - qui font l’objet d’une demande importante et sont largement sursouscrits. Il s’agit notamment de programmes axés sur la diversification des marchés, les investissements dans les systèmes avancés de construction en bois, l’innovation et la participation des Autochtones au secteur, afin que nous puissions continuer à :
    • combler le fossé entre le développement technologique et la commercialisation;
    • accroître les partenariats autochtones et locaux dans la chaîne de valeur du secteur forestier;
    • garantir l’accès au marché pour les produits canadiens et aider les entreprises à s’y retrouver dans les politiques, normes et réglementations internationales complexes;
    • affiner les investissements dans la diversification des produits en examinant ce dont le monde aura besoin d’ici 2050;
    • soutenir les initiatives qui contribuent à développer une marque unifiée pour le secteur forestier canadien.

Dans certains cas, des approches de consensus parmi les provinces et territoires seront nécessaires afin de lever les obstacles administratifs, techniques et logistiques qui empêchent nos produits forestiers d’atteindre et d’accéder à de nouveaux marchés. Le gouvernement fédéral propose les mesures collaboratives suivantes :

  • Organiser un dialogue fédéral-provincial-territorial afin d’élaborer des approches communes au besoin, pour établir des relations internationales avec des partenaires mondiaux de confiance, garantir l’accès aux marchés et attirer les investissements étrangers.
  • Organiser des missions entrantes qui mettent en valeur les juridictions travaillant ensemble pour maintenir leur part de marché et accéder à de nouveaux marchés.

Quatrième pilier : Soutenir les communautés et les travailleurs

Le développement et la production de bioproduits forestiers avancés exigeront de nouvelles compétences. Parallèlement, d’importants ajustements et une rationalisation sont attendus dans le secteur, ce qui entraînera des déplacements de travailleurs, affectera leurs moyens de subsistance et impactera la viabilité des communautés tributaires de la forêt. Pour gérer le besoin de nouvelles compétences et soutenir les travailleurs, les familles et les communautés touchés, le gouvernement fédéral propose les mesures collaboratives suivantes :

  • Des programmes pour les travailleurs et les communautés afin de garantir les compétences nécessaires, tout en soutenant la transition pour les travailleurs touchés par le redimensionnement du secteur.
  • Estimer l’impact du redimensionnement du secteur sur la chaîne d’approvisionnement afin d’apporter un soutien proactif aux travailleurs et aux communautés qui gèrent la transition.
  • Soutenir la formation sur les propriétés du bois, les produits structuraux en bois, les codes et les références pour la construction non résidentielle en bois, l’évolution des compétences numériques et d’autres lacunes de connaissances dans le cadre du programme de formation traditionnel en construction, particulièrement pour les architectes, les concepteurs et les ingénieurs.

Le gouvernement fédéral travaille main dans la main avec les provinces et territoires, qui, au niveau de leur juridiction, sont les premiers à soutenir les travailleurs et les communautés. Le gouvernement fédéral propose les mesures collaboratives suivantes :

  • continuer à investir par le biais d’ententes sur le développement du marché du travail mises en œuvre par les provinces et les territoires, et à fournir une assurance-emploi en temps opportun aux travailleurs touchés;
  • assurer l’accès aux mesures d’aide à la transition professionnelle, ainsi que des fonds de planification communautaire et de transition où se produisent des pertes d’emploi;
  • associer les investissements publics à des mécanismes de soutien au perfectionnement et à la formation afin d’assurer la disponibilité de la bonne main-d’œuvre au fur et à mesure de la transformation du secteur;
  • collaborer pour prévoir la façon dont les communautés et les travailleurs peuvent avoir besoin de se préparer à de nouveaux emplois dans le secteur et pour relever les possibilités de transfert de compétences lorsque la perte d’emplois dans le secteur forestier est une réalité.