Language selection

Recherche


Aperçu du changement climatique au Canada

Ainsi que précédemment mentionné à la section 2, la compréhension des risques et des possibilités que le changement climatique présente pour le Canada tient à la connaissance que l'on a non seulement du phénomène mais également de la sensibilité au climat des principaux aspects de l'économie et du tissu social du Canada, et à la capacité des gouvernements canadiens, de l'industrie et des individus de mettre en œuvre des mesures d'adaptation.

Le Canada est un pays vaste qui présente une grande diversité d'une région à l'autre sur les plans du climat, des paysages, des collectivités et de l'économie, que mettent en évidence les contrastes entre les divers chapitres à caractère régional de la présente évaluation. Les tendances et les projections à l'échelle nationale fournissent un contexte précieux pour les analyses régionales. Au cours des 50 dernières années, les changements du climat ont entraîné une hausse des températures dans la plupart des régions du Canada, en plus de modifier les régimes de précipitations, de réduire l'étendue de la glace de mer, d'altérer les conditions hydrologiques et de modifier le caractère de certains phénomènes météorologiques extrêmes. Pendant la même période, le secteur des services est devenu prédominant dans l'économie du pays, la population a vieilli et augmenté dans les grands centres urbains. Selon toute vraisemblance, ces tendances se poursuivront et auront des implications sur la vuln érabilité dans l'avenir. Par exemple, le secteur des services est sans doute moins sensible aux changements du climat que celui des ressources primaires, et les personnes âgées ont généralement plus de difficulté à faire face aux phénomènes météorologiques extrêmes, comme les vagues de chaleur. Les économies vigoureuses disposent également d'un éventail plus large d'options en matière d'adaptation et sont considérées comme plus en mesure de s'adapter.

La présente section donne un aperçu de ce que le changement climatique signifie pour le Canada en examinant les conditions actuelles, les tendances constat ées et les projections sur les plans de l'économie, de la population et du climat. L'importance de l'échelle est un thème récurrent dans l'évaluation de la vulnérabilité au changement climatique, en ce sens qu'elle met en évidence le fait que les analyses globales aux échelles nationale et mondiale sous-estimeront inévitablement l'ampleur des impacts économiques et sociaux qui se manifestent aux échelles régionale et locale.

4.1 L'ÉCONOMIE CANADIENNE

État actuel

L'économie canadienne est vaste et diversifiée, et le PIB national s'élève à plus de 1 billion de dollars. Il s'agit principalement d'une économie tertiaire : le secteur des services représente près de 70 p. 100 du PIB, tandis que les industries productrices de biens y comptent pour environ 30 p. 100 (voir le tableau 7). Dans le secteur des services, les principaux contributeurs sont les secteurs de la finance et des assurances, de la vente en gros et au d étail, des soins de santé et de l'administration publique. Dans le secteur des industries productrices de biens, ce sont les industries manufacturières (de l'automobile, des aéronefs et des produits pharmaceutiques) qui y contribuent le plus. Les industries ax ées sur l'exploitation des ressources naturelles, à savoir les mines, l'agriculture, les forêts, la pêche et la chasse, ne représentent qu'un faible pourcentage du PIB à l'échelle nationale (voir le tableau 7), mais elles demeurent une composante importante de l'économie canadienne. Ces industries ont toujours joué un rôle majeur dans la croissance du pays et contribuent encore pour beaucoup au commerce ext érieur et au fondement de la richesse nationale.

Tendances et projections

La vigueur de l'économie canadienne au cours des dix dernières années s'est traduite par une croissance continue de la production par habitant grâce à la fois à un taux d'emploi à la hausse et à une plus grande productivité de la main-d'œuvre. L'augmentation de la productivité, qui est largement attribuable au développement technologique et aux activités d'investissement, devrait se maintenir à court et à moyen termes. À la lumière des tendances actuelles, il est raisonnable d'envisager une croissance soutenue du PIB canadien et un accroissement de la richesse du pays.

Le changement climatique aura une incidence sur l'économie canadienne en progression rapide, car les facteurs démographiques, commerciaux et technologiques exerceront une grande influence sur les r éalisations futures. Il est donc difficile de prévoir l'ampleur des impacts du phénomène sur l'économie canadienne. Les modèles semblent indiquer que, même si, dans l'ensemble, les répercussions sur l'économie seraient légèrement avantageuses à court terme dans un scénario de réchauffement modéré, les systèmes ne pourront faire face à une élévation plus grande des températures et aux changements du climat qui en découleront, entraînant ainsi des pertes économiques nettes (Stern, 2006). Il faut également bien comprendre que la plupart des études menées jusqu'ici sur les répercussions économiques du changement climatique ne tiennent compte que des changements des conditions moyennes et ne prennent pas en consid ération les phénomènes météorologiques extrêmes, malgré le fait que les catastrophes naturelles associées à ces phénomènes occasionnent fréquemment des coûts importants à court et à long termes. De plus, les économies locales et régionales pourraient subir des pertes graves dues à la fois aux phénomènes météorologiques extrêmes et à des changements progressifs à plus long terme du climat. À l'échelle locale, les collectivités tributaires de ressources naturelles sensibles au climat pourraient être particulièrement vulnérables au changement climatique (voir l'encadré 4; Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, 2007b).

TABLEAU 7 : Produit intérieur brut aux prix de base selon le type d'activité (Statistique Canada, 2007a).
En millions de dollars constants (1997)
2002 2003 2004 2005 2006
Industries de production de biens :
Agriculture, foresterie, pêche et chass 19 721 21 632 23 047 23 777 23 373
Exploitation minière
et extraction de pétrole et de gaz
36 345 38 287 39 469 39 750 40 157
Fabrication 172 130 171 499 174 992 176 497 174 992
Construction 54 620 56 274 59 764 63 108 67 618
Services publics 26 982 27 221 27 366 28 562 28 042
Industries de services :
Transport et entreposage 46 638 47 176 49 494 51 403 52 792
Industrie de l’information
et industrie culturelle
41 017 41 924 42 534 44 258 45 315
Commerce de gros 57 846 60 252 63 510 68 040 73 510
Commerce de détail 56 771 58 533 60 732 63 627 67 273
Finance et assurance,
services immobiliers et
services de location et de
location à bail, gestion de
sociétés et d’entreprises
193 595 197 828 205 480 212 385 220 507
Services professionnels,
scientifiques et techniques
43 729 45 610 46 838 48 284 49 728
Services administratifs,
services de soutien,
services de gestion des
déchets et services
d’assainissement
21 799 22 531 23 351 24 187 25 664
Administrations publiques 56 346 57 882 59 084 59 902 61 527
Services d’enseignement 44 712 45 252 46 293 47 055 47 959
Soins de santé et
assistance sociale
56 933 58 369 59 477 60 305 61 572
Arts, spectacles et loisirs 9 130 9 117 9 223 9 283 9 529
Hébergement et services de restauration 23 063 22 533 22 983 23 223 24 143
Autres services (sauf les administrations publiques) 24 496 25 065 25 529 26 015 26 628
Toutes les industries1 985 873 1 006 985 1 039 166 1 069 661 1 100 329
1Système de classification des industries de l’Amérique du Nord

Les rapports d'ensemble nationaux, dans lesquels les pertes ou les gains sont exprimés en termes de PIB national, ont tendance à occulter les répercussions sur les provinces et territoires plus petits. Ainsi, par exemple, l'effondrement de la pêche à la morue du Nord, à Terre-Neuve, en 1992, a eu des répercussions catastrophiques à l'échelle de la province et des collectivités, dont la perte de quelque 40 000 emplois (Mason, 2002), et, pourtant, son incidence se fait à peine sentir à l'échelle du PIB national.

Certains des principaux impacts du changement climatique sur l'économie canadienne peuvent être regroupés, par catégorie, de la façon suivante :

  • Impacts des phénomènes extrêmes et des perturbations naturelles : les pertes économiques qui découlent de tels événements au Canada s'élèvent souvent à des centaines de millions de dollars (p. ex., l'ouragan Juan, les tempêtes de grêle en Alberta, les feux de friche en Colombie-Britannique), voire des milliards de dollars (la temp ête de verglas en 1998, l'inondation au Saguenay en 1996, les sécheresses d'échelle nationale en 2001 et 2002). Il ne faut pas oublier non plus les dommages caus és par les insectes aux forêts et aux cultures, qui peuvent être considérables.
  • Impacts sur les bâtiments et les infrastructures : dans cette catégorie figurent la hausse des coûts d'entretien et de protection, les coûts liés aux pertes totales ou au remplacement, et la perte d'actifs. Les chemins d'hiver (voir les chapitres 3 et 7), l'érosion côtière (voir les chapitres 3, 4, 5 et 8) et la dégradation du pergélisol (voir les chapitres 3 et 5) sont des préoccupations importantes au Canada.
  • Impacts sur la production, les prix et la demande de biens et de services : ces impacts auront des coûts évidents tant au Canada que partout ailleurs dans le monde (voir le chapitre 9) et seront à la fois positifs et négatifs.
  • Coûts liés aux impacts sur la sécurité publique, la santé et le bien-être des populations : bien que difficiles à quantifier et à prévoir, ces coûts peuvent être élevés. À titre d'exemple, l'incidence des maladies à transmission vectorielle, les effets à long terme des inondations (p. ex., les répercussions sur la santé mentale, les problèmes de moisissure et les difficultés financières) et les impacts d'un climat en évolution sur la culture et les modes de vie traditionnels. Une diminution des phénomènes climatiques extrêmes en hiver pourrait par contre présenter des avantages.
  • Impacts causés par les changements hydrologiques s'opérant dans les lacs et les cours d'eau : les variations des niveaux d'eau et de l'approvisionnement en eau exerceront des pressions sur plusieurs secteurs économiques, dont l'énergie (p. ex., l'hydroélectricité), le tourisme et les loisirs, les pêches en eau douce et les transports.

Encadré 4 : Collectivités tributaires des ressources

L'agriculture, la foresterie, la pêche et la chasse ne représentent que 2 p. 100 environ du PIB national (voir le tableau 7) et, au plus, 7 p. 100 du PIB provincial (en Saskatchewan); ces secteurs sont n éanmoins essentiels au bien-être économique de nombreuses sous-régions et collectivités, où les activités axées sur les terres et les ressources sont toujours à la base de la vie économique. Par exemple, le bien-être économique de plus de 1600 collectivités canadiennes dépend à plus de 30 p. 100 d'un ou de plusieurs de ces secteurs (c'est-à-dire que 30 p. 100 ou plus des revenus d'emploi proviennent de ces secteurs; Ressources naturelles Canada, 2006). Parmi ces 1 600 collectivit és, 808 dépendent de l'agriculture, 651 du secteur forestier et environ 200 du secteur des pêches.

Il convient de noter que ces estimations ne rendent pas compte des petites collectivit és tributaires des ressources naturelles (population de moins de 250 personnes).

De plus, les ressources naturelles font partie intégrante des modes de vie des collectivités autochtones du Canada. L'économie de subsistance peut y constituer de 25 p. 100 à 50 p. 100 de l'économie globale, et sa valeur pourrait se chiffrer à environ 15 000 $ par ménage dans l'Arctique et à la moitié de ce montant dans la région sub-arctique (Berkes et Fast, 1996; Centre for Indigenous Environmental Resources, 2006). Toutefois, la comptabilit é économique traditionnelle reflète mal ces valeurs.

Plusieurs facteurs augmentent la vulnérabilité des collectivités tributaires des ressources au changement climatique. Il s'agit de la forte sensibilité au climat de nombreuses ressources naturelles (l'agriculture, la forêt et les pêches), ainsi que de nombre d'autres facteurs liés à une faible capacité d'adaptation, notamment une diversification économique limitée, la pénurie de ressources économiques qui peuvent être consacrées à l'adaptation, le vieillissement de la population et un accès généralement plus restreint aux services (p. ex., un isolement plus marqué).

Dans l'ensemble, les répercussions économiques à l'échelle des collectivités peuvent être importantes. Les analyses globales ont tendance à occulter les effets cruciaux à l'échelle locale et les difficultés imposées.

On ne dispose que de données limitées sur la sensibilité ou la vulnérabilité du secteur des services, qui domine maintenant l'économie du Canada. Toutefois, à court terme, il est probable qu'il soit moins sensible à un changement climatique lent ou modéré que celui des ressources renouvelables. Néanmoins, tous les secteurs risquent d'atteindre des seuils critiques au fur et à mesure de l'évolution du climat, ce qui déclencherait d'éventuelles rétroactions à long terme (Schneider, 2004) et des catastrophes qui s'avéreraient très coûteuses (Stern, 2006).

4.2 POPULATION ET PROFIL DÉMOGRAPHIQUE

État actuel

Le Canada compte 32,6 millions d'habitants, pour une densité de population de 3,5 personnes/km2 (parmi les plus basses de la planète; Statistique Canada, 2007d). Ces chiffres ne sont toutefois pas représentatifs des régions de résidence de la plupart des Canadiens, car plus de la moitié de la population habite dans le corridor densément peuplé allant de Québec à Windsor.

Tendances et projectionsNote de bas de page 1

La population du Canada est passée de 24,3 millions d'habitants en 1981 à 32,6 millions en 2006 (Statistique Canada, 2006, 2007e). La croissance démographique a été caractérisée par deux grandes tendances : l'urbanisation et le vieillissement de la population, qui devraient toutes deux se poursuivre.

En 2001, près de 80 p. 100 de la population canadienne habitait dans des villes, et le nombre de citadins a crû d'environ 50 p. 100 depuis 1971. L'accroissement de la population urbaine est attribuable, d'une part, au choix fait par les nouveaux immigrants de s'établir dans une ville et, d'autre part, à la migration de résidents des régions rurales vers la ville afin de tirer profit des occasions d'emploi. De plus, il existe un lien non seulement entre ces considérations démographiques et la croissance des secteurs secondaire et tertiaire, mais aussi avec le d éveloppement urbain comme tel. En 2001, c'est toujours en Ontario et au Québec que l'on trouvait la plus grande concentration de zones urbaines au Canada, mais l'Alberta et la Colombie-Britannique connaissent aussi actuellement une expansion fulgurante.

Il est couramment admis que les personnes âgées sont les plus vulnérables au changement climatique, en particulier sur le plan de la santé. La proportion de personnes âgées (65 ans et plus) au Canada a crû de 3 p. 100 entre 1981 et 2005 (passant de 10 à 13 p. 100), et tous les scénarios prévoient que cette augmentation se poursuivra jusqu'en 2056 (Statistique Canada, 2005). Dans les scénarios de croissance modérée, la proportion de personnes âgées devrait presque doubler d'ici 25 ans et, en 2056, la moitié de la population canadienne devrait avoir plus de 47 ans. La proportion de personnes plus âgées (80 ans et plus) connaîtrait aussi une croissance marquée. Le scénario de croissance modérée prévoit, par exemple, qu'environ un Canadien sur dix aura plus de 80 ans en 2056, comparativement à environ un sur trente en 2005. D'autres segments de la population sont jugés plus vulnérables au changement climatique, dont les enfants, les Autochtones, les personnes souffrant d éjà de problèmes de santé et les démunis (Santé Canada, 2005).

La plupart des scénarios analysés par Statistique Canada prévoient que la population du Canada continuera de s'accroître jusqu'en 2056 (voir la figure 6 et le tableau 8). Dans le scénario de croissance modérée, la taille de la population canadienne augmenterait de 30 p. 100 d'ici 2056 et, dans le scénario de forte croissance, de 53 p. 100 pendant la même période. Dans le scénario de croissance faible, pour sa part, on projette une hausse de la population jusqu'en 2039, puis une baisse progressive jusqu'en 2056. Tous les scenarios analysés indiquent une croissance démographique naturelle négative à moyen ou à long terme et un seul facteur de croissance de la population canadienne : l'immigration.

FIGURE 6 : Population constatée (1981 à 2005) et projetée (2006 à 2056) du Canada, selon trois scénarios (Statistique Canada, 2005).
image agrandie

TABLEAU 8 : Projections de la population du Canada selon des scénarios de croissance faible, modérée et élevée jusqu'en 2031 et 2056 (établies d'après Statistique Canada, 2005).
Scénario 2031 2056
Croissance lente 36,3 millions 35,9 millions
Croissance moyenne 39 millions 42,5 millions
Croissance rapide 41,8 millions 49,7 millions
Population actuelle (2006) : 32,6 millions

La Colombie-Britannique est la province qui connaîtrait le plus haut taux d'accroissement annuel moyen de la population, suivie de l'Ontario et de l'Alberta (voir le tableau 9). On prévoit que certaines provinces, soit la Saskatchewan et Terre-Neuve-et-Labrador, verront leur population baisser l égèrement, tandis que les provinces plus peuplées de l'Ontario, de la Colombie-Britannique, de l'Alberta et du Québec afficheront de fortes croissances démographiques, principalement dans les grands centres urbains. Les chapitres à caractère régional du rapport traitent plus en détail des tendances provinciales et territoriales. Les résultats des projections sont entachés de plus d'incertitude aux échelles provinciale et territoriale qu'à l'échelle nationale en raison du phénomène de la migration interprovinciale, laquelle s'est avérée très fluctuante par le passé.

TABLEAU 9 : Projections de la croissance provinciale pour 2031 selon un scénario de croissance modérée et de tendances migratoires modérées (établies d’après Statistique Canada, 2005).
Province Population (en
milliers)
Moyenne du taux de
croissance annuel
(taux par millier)
2005 2031
Colombie-Britannique 4 254,5 5 502,9 9,9
Alberta 3 256,8 4 144,9 9,3
Saskatchewan 994,1 975,8 -0,7
Manitoba 1 177,6 1 355,7 5,4
Ontario 12 541,4 16 130,4 9,7
Québec 7 598,1 8 396,4 3,8
Terre-Neuve-et-Labrador 516,0 505,6 -0,8
Île-du-Prince-Édouard 138,1 149,5 3,1
Nouvelle-Écosse 937,9 979,4 1,7
Nouveau-Brunswick 752,0 767,2 0,8
Yukon 31,0 34,0 3,6
Territoires du Nord-Ouest 43,0 54,4 9,1
Nunavut 30,0 33,3 4,0

4.3 TENDANCES ET PROJECTIONS DU CLIMAT

Tendances constatées - températures et précipitations

FIGURE 7 : Anomalie de la température annuelle au niveau national et tendences à long-terme, 1948 à 2006 (Environnement Canada, 2006).
image agrandie

Les effets du changement climatique de nature anthropique sur le Canada se dégagent clairement des tendances constatées et des températures (Zhang et al., 2006), et ils agissent déjà sur les systèmes humain et naturel (voir Gillett et al., 2004). Des observations sont recueillies dans le sud du Canada depuis plus d'une centaine d'années et dans d'autres parties du pays depuis le milieu du XXe siècle. Ces données, et les données satellitaires des quelque 25 dernières années environ, dressent un tableau détaillé de la façon dont le climat du Canada et ses variables biophysiques ont changé au cours des dernières décennies. La présente section fournit un aperçu des changements constatés; pour une information plus détaillée, le lecteur peut consulter les ouvrages de Barrow et al. (2004) et de Hengeveld et al. (2005).

FIGURE 8 : Répartition régionale des tendances linéaires des températures (en °C) constatées au Canada entre 1948 et 2003, par saison. Les symboles « X » désignent des régions où les tendances sont statistiquement significatives. Source : Hengeveld et al. (2005).
image agrandie

Au Canada, les températures se sont élevées en moyenne de plus de 1,3°C depuis 1948 (voir la figure 7), soit à peu près le double de la moyenne mondiale. Au cours de cette période, la plus forte hausse des températures a été enregistrée au Yukon et dans les Territoires du Nord-Ouest. Toutes les régions du pays ont connu un réchauffement ces dernières années (1966 à 2003; McBean et al., 2005), y compris l'est de l'Arctique, où la tendance au refroidissement s'est inversée et où l'on note depuis le début des années 1990 une tendance au réchauffement (Huntington et al., 2005a; Nickels et al., 2006).

Sur une base saisonnière (voir la figure 8), les hausses de température ont été plus grandes et plus variables dans l'espace pendant l'hiver et le printemps. Le nord-ouest du Canada a connu une hausse de plus de 3 °C des températures hivernales entre 1948 et 2003. Pendant la même période, des tendances au refroidissement en hiver et au printemps (jusqu'à -2,5°C) ont été constatées dans des régions de l'est de l'Arctique. Pendant l'été, le réchauffement a été à la fois moins élevé et plus uniforme dans'espace, contrairement au réchauffement de l'automne, qui s'est principalement manifesté dans des régions de l'Arctique et en Colombie-Britannique (voir la figure 8).

FIGURE 9 : Tendances des anomalies annuelles des precipitations moyennes au Canada, par rapport aux normales de 1951 à 1980, et à moyenne continue pondérée. Source : Environnement Canada.
image agrandie

En ce qui concerne les précipitations, les tendances nationales (voir la figure 9) sont plus difficiles à évaluer, principalement à cause de leur nature discontinue et de leurs divers états (pluie, neige et pluie verglaçante). Néanmoins, le Canada a connu en moyenne du temps plus humide au cours des 50 dernières années, enregistrant une augmentation d'environ 12 p. 100 des précipitations à travers tout le pays (Environnement Canada, 2003).

Les changements du régime de précipitations ont également varié d'une région et d'une saison à l'autre (voir les figures 10 et 11) depuis 1950. En moyenne sur l'année, c'est dans l'Extrême-Arctique que l'on a enregistré le pourcentage d'augmentation des précipitations le plus important, tandis que, dans les régions du sud du Canada (en particulier dans les Prairies), on a constaté peu de changement, voire une baisse (voir la figure 10). Dans la majeure partie du Nunavut, par exemple, les précipitations annuelles ont crû de 25 p. 100 à 45 p. 100 et, dans le sud du Canada, la hausse moyenne a été de 5 p. 100 à 35 p. 100 (Environnement Canada, 2003).

FIGURE 10 : Répartition régionale des tendances linéaires des précipitations annuelles (en % de changement) constatées au Canada entre 1948 et 2003. Les symboles « X » désignent les régions où les tendances sont statistiquement significatives. Source : Zhang et al. (2000), dernière modification faite en 2005.
image agrandie

Depuis 1950, les tendances saisonnières révèlent que, dans la majeure partie de l'Arctique, pendant les quatre saisons, le temps a été plus humide. Les précipitations se sont également accrues de manière significative dans certaines régions du sud de la Colombie-Britannique et du sud-est du Canada au printemps et à l'automne. En revanche, dans le sud du Canada, à l'exception de la partie occidentale du sud de l'Ontario, où plus de neige d'effet de lac (voir le chapitre 6) est tombée, les précipitations hivernales ont baissé de façon significative.

FIGURE 11 : Changements des régimes de précipitations depuis 1950, par saison. Les données, qui représentent le changement total au cours des 54 années entières de données, sont exprimées en mm. L'ordre de grandeur des changements est représenté par la taille du cercle, où la couleur verte indique une hausse et la couleur brune, une baisse. Les « X » désignent les régions où les données ne sont pas statistiquement significatives. Source : Environnement Canada.
image agrandie

De 1950 à 2003, on a également constaté au Canada des changements de la fréquence des épisodes de températures et de précipitations extrêmes, à savoir (tiré de Vincent et Mekis, 2006) :

  • moins de nuits de temps froid extrême,
  • moins de jours de temps froid extrême,
  • moins de jours avec gel,
  • plus de nuits de chaleur extrême,
  • plus de jours de chaleur extrême,
  • plus de jours avec précipitations,
  • baisse de la hauteur moyenne des précipitations quotidiennes,
  • baisse du nombre maximum de jours consécutifs de temps sec,
  • baisse de l'accumulation totale annuelle de neige (dans le sud du Canada),
  • hausse de l'accumulation totale annuelle de neige (dans le nord et le nord-est du Canada).

Ces changements ont été accompagnés d'une diminution considérable du nombre de degrés-jours de chauffage. D'autres changements importants ont également été constatés à l'échelle régionale par rapport au nombre d'épisodes de précipitations intenses. En moyenne, la fraction des précipitations tombées sous la forme d'un épisode intense (dans la fourchette supérieure des 10 p. 100) a diminué dans le sud du Canada et augmenté dans le nord du Canada, en particulier dans le nord-est. En outre, plus de précipitations tombent sous forme de pluie que de neige.

TABLEAU 10 : Répartition régionale des tendances linéaires des précipitations annuelles (en % de changement) constatées au Canada entre 1948 et 2003. Les symboles « X » désignent les régions où les tendances sont statistiquement significatives. Source : Zhang et al. (2000), dernière modification faite en 2005.
Région Tendances de l'ÉT
mm/an
Changement de l'ÉT
mm au cours de 40 ans
Côte du pacifique 1,16 46,40
Sud de la Colombie-Britannique 1,24 49,68
Yukon 0,06 2,24
Prairies 0,03 1,12
Mackenzie 0,24 9,80
Forêt du nord-ouest 0,22 8,80
Nord-est 0,75 30,00
Grands lacs 0,69 27,56
Atlantique 1,04 41,48
Toundra 0,16 6,48

Autres changements constatés

Les changements survenus dans les températures et les précipitations depuis 50 à 100 ans ont eu des effets sur d'autres variables, dont la glace de mer, la couverture de neige, le pergélisol, l'évaporation et le niveau marin. Dans les chapitres à caractère régional du rapport, on examine en détail ces changements ainsi que leurs implications sur l'environnement, l'économie et la société. La présente section ne fait que souligner les principales observations.

FIGURE 12 : Tendances de l'extension minimale (septembre) de la glace de mer dans l'Arctique de 1978 à 2005, selon les données satellitaires de la NASA. La ligne droite de couleur bleue indique la tendance de 1979 à 2005, qui montre actuellement une baisse de plus de 8 p. 100. Source : National Snow and Ice Data Center (2005).
image agrandie

La cryosphère a réagi au réchauffement constaté. À titre d'exemple, vers la fin de l'été, l'étendue de la glace de mer dans l'Arctique a diminué de 8 p. 100 par décennie depuis 1950 (voir la figure 12). Au cours de la même période, la durée de la couverture de neige a baissé de 20 jours en moyenne dans l'Arctique (voir la figure 13). Toutefois, l'accumulation totale de neige par année a été plus importante dans certaines régions de l'Arctique (Taylor et al., 2006), parce que des températures plus élevées font augmenter l'humidité et, donc, les précipitations. Pendant les années 1990, l'épaisseur de la couche active s'est accrue de façon générale dans les régions de pergélisol du Canada (p. ex., Brown et al., 2000; Nixon et al., 2003; Smith et al., 2005). La température du pergélisol peu profond a monté de 0,3 °C à 0,5 °C par décennie dans les 20 à 30 dernières années du XXe siècle dans l'Extrême-Arctique canadien (Taylor et al., 2006), tandis que, dans l'ouest de l'Arctique, les températures ont connu une variation nulle à proche de 1 °C par décennie (Smith et al., 2005).

FIGURE 13 : Tendances de la durée de la couverture de glace dans l'Arctique canadien, mesurées en termes de jours, par rapport à 1990. Source : Ross Brown, Environnement Canada, communication personnelle, 2007.
image agrandie

La diminution récente du volume d'eau de fonte des glaciers dans l'ouest du Canada (Demuth et al., 2002) ainsi que les changements du régime des précipitations et la hausse de l'évaporation dans d'autres régions (liée à l'élévation des températures) ont eu des effets sur les ressources hydriques dans la majeure partie du Canada (Shabbar et Skinner, 2004). Les taux d'évapotranspiration réelle (ÉTR) sont en moyenne plus élevés dans l'ensemble des régions du pays depuis 40 ans (voir la tableau 10), quoique la tendance soit faible ou non uniforme dans certaines r égions (Fernandes et al., 2007) en raison du peu d'eau qui puisse s'évaporer. À titre d'exemple, les taux d'évapotranspiration ont légèrement baissé dans les régions sèches des Prairies, où l'eau (évaporable) se fait déjà rare pendant une bonne partie de l'année (Huntington, 2006; Fernandes et al., 2007). Bon nombre de régions du pays pourraient connaître une augmentation des précipitations (voir la figure 14), mais elle ne sera pas suffisante pour contrebalancer la hausse de l'ÉTR due au réchauffement. Dans la région des Grands Lacs, par exemple, une hausse de 1 °C de la température annuelle moyenne serait accompagnée d'une augmentation de 7 p. 100 à 8 p. 100 de l'évaporation réelle (voir Fernandes et al., 2007), ce qui réduirait la disponibilité de l'eau.

Les niveaux d'eau dans les lacs de tout le Canada ont considérablement varié avec le temps et les récentes tendances à la baisse des niveaux dans la partie supérieure des Grands Lacs en raison de l'élévation des températures sont très impressionnantes (Mortsch et al., 2006). On prévoit que les niveaux d'eau dans les Grands Lacs continueront à baisser dans l'avenir (voir la figure 15; voir également le chapitre 6; Moulton et Cuthbert, 2000; Mortsch et al., 2006).

FIGURE 14 : Changement saisonnier des précipitations d'ici les années 2050 (par rapport à la période de 1961 à 1990), fondé sur la médiane de sept modèles de circulation générale et utilisant les scenarios d'émissions du Special Report on Emissions Scenarios (SRES).
image agrandie

Au cours du siècle dernier, le niveau mondial des océans s'est élevé d'environ 0,17 m (plage de 0,12 m à 0,22 m; Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, 2007a). L'ampleur de l'élévation du niveau marin relatif le long des côtes canadiennes variera selon que la côte connaîtra un relèvement (glacio-isostatique) ou une subsidence de la croûte terrestre après la déglaciation survenue il y a des milliers d'années. Dans certaines parties du Canada, comme autour de la baie d'Hudson par exemple, les terres ont continué d'émerger malgré l'élévation mondiale du niveau des mers. Cependant, dans d'autres régions, dont la plus grande partie du littoral atlantique, la subsidence des terres est deux fois plus importante que l'élévation du niveau de la mer à certains endroits (McCulloch et al., 2002). Ainsi, à Charlottetown, le niveau relatif de la mer s'est élevé de 0,32 m au cours du XXe siècle (Forbes et al., 2004). Sur la côte ouest, la hausse relative du niveau marin a été plus faible, soit de 4 cm à Vancouver, 8 cm à Victoria, 12 cm à Prince Rupert et le niveau a baissé de 13 cm à Tofino pendant la même période de temps (British Columbia Ministry of Water, Land and Air Protection, 2002). Dans le nord, la c ôte du Yukon et celle des Territoires du Nord-Ouest qui lui est adjacente s'affaissant, l'élévation relative du niveau de la mer y est donc plus marquée que le long d'une bonne partie de la côte de l'Arctique.

Projections - températures et précipitationsNote de bas de page 2

Selon les projections, l'ensemble du Canada, sauf peut-être la région extracôtière de l'Atlantique, devrait se réchauffer au cours des 80 prochaines années. Les changements du climat, pour la plupart, seront une poursuite des régimes et, fréquemment, une accélération des tendances mentionnées ci-dessus. L'ampleur du réchauffement ne sera donc pas uniforme à l'échelle du pays (voir la figure 16). Au cours du présent siècle, c'est dans l'Extrême-Arctique que les hausses de températures seront les plus importantes et, dans les régions du centre du pays, elles seront plus marquées que sur les côtes est et ouest (voir la figure 16). La figure 17 illustre également les différences régionales dans les projections des températures ainsi que le changement historique et projeté des températures pour six villes du Canada.

FIGURE 15 : Changements prévus des niveaux d'eau dans les Grands Lacs (Mortsch et al., 2006).
image agrandie

Sur une base saisonnière, le réchauffement devrait être plus marqué pendant l'hiver (voir la figure 16) en partie à cause de la rétroaction d'une réduction de la couverture de neige et de glace sur l'albédo de la surface des terres. D'ici les années 2050, on s'attend à ce que le réchauffement en hiver soit plus prononcé dans les régions de la baie d'Hudson et de l'Extrême-Arctique, et moins marqué dans le sud-ouest de la Colombie-Britannique et dans le sud de la région de l'Atlantique. Une baisse de l'amplitude thermique de jour en hiver dans tout le pays indique que le réchauffement sera sans doute plus important la nuit que le jour (Barrow et al., 2004). Cette tendance n'a pas été relevée pour les autres saisons. De plus, selon les projections des modèles, le réchauffement sera plus faible pendant l'été et l'automne, et l'élévation de la température au cours de l'été sera plus uniforme à l'échelle du pays, ce qui est conforme aux tendances constatées dont il était question précédemment.

La fréquence des températures extrêmement élevées (dépassant 30 °C) pendant l'été devrait s'accroître dans toutes les régions du Canada (voir la figure 18; Kharin et al., 2007). On prévoit également que les vagues de chaleur seront plus intenses et plus fréquentes. Plusieurs chapitres à caractère régional (p. ex, les chapitres 5, 6 et 7) abordent la question des impacts sur la santé des épisodes de chaleur accablante ainsi que de l'adoption de mesures d'adaptation efficaces pour y faire face. Les modèles projettent en même temps une baisse importante des jours de froid extrême (Kharin et al., 2007), ce qui entraînera une diminution globale de l'indice de rigueur du climat (Barrow et al., 2004).

FIGURE 16 : Variation saisonnière de la température au Canada d'ici 2050 (par rapport à la période de 1961 à 1990) fondée sur la médiane de sept modèles de circulation générale et utilisant les scenarios d'émissions du Special Report on Emissions Scenarios (SRES).
image agrandie

Il est plus difficile d'établir des projections de précipitations dans l'avenir, les changements à cet égard étant moins statistiquement significatifs que pour les températures (Barrow et al., 2004). C'est pourquoi les résultats des modèles présentent une plage plus grande pour les projections des précipitations (voir la figure 19). Les précipitations totales annuelles devraient augmenter dans toutes les régions du pays au cours du présent siècle. Un gradient sud-nord est évident d'ici les années 2080, avec une augmentation des précipitations allant de 0 à 10 p. 100 dans l'extrême sud et jusqu'à 40 à 50 p. 100 dans l'Extrême-Arctique. Cependant, du fait de l'évaporation accrue induite par des températures plus élevées, de nombreuses régions connaîtront un déficit d'humidité en dépit de l'accroissement des précipitations.

Les changements saisonniers des précipitations auront généralement des répercussions plus grandes, à l'échelle régionale, que les totaux annuels. Dans la majeure partie du sud du Canada, les augmentations projet ées sont faibles (0 à 10 p. 100 d'ici les années 2050) pendant l'été et l'automne. Dans certaines régions, surtout dans le centre-sud des Prairies et dans le sud-ouest de la Colombie-Britannique, on pr évoit même que les précipitations diminueront pendant l'été (voir la figure 14). Il y aura donc moins d'eau disponible pendant la saison de croissance dans de grandes régions agricoles. Parmi les autres changements importants relatifs aux précipitations figurent l'augmentation de la proportion de précipitations tombant sous forme de pluie plutôt que de neige, et une augmentation des épisodes de précipitations quotidiennes extrêmes (voir la figure 20; Kharin et Zwiers, 2000).

FIGURE 17 : Tendances historiques (losange bleu) et moyennes annuelles élevées (triangle jaune), moyennes (losange vert) et faibles (carré rose) des températures pour les années 2020, 2050 et 2080, pour six villes canadiennes : a) Yarmouth, en Nouvelle-Écosse; b) Drummondville, au Québec; c) Ottawa, en Ontario; d) Regina, en Saskatchewan; e) Victoria, en Colombie-Britannique; et f) Yellowknife, dans les Territoires du Nord-Ouest. Il est à remarquer que les données historiques présentées ici sont limitées en raison du peu de données disponibles, et les variations projetées proviennent d'un éventail de modèles de circulation générale utilisant les scénarios d'émissions du Special Report on Emissions Scenarios (SRES).
image agrandie

FIGURE 18 : Nombre de jours avec des températures supérieures à 30 °C, pendant les périodes d'observation (1961 à 1990) et les périodes futures (2020 à 2040; 2041 à 2069; et 2080 à 2100; Hengeveld et al. 2005).
image agrandie

FIGURE 19 : Tendances historiques (losange bleu) et totaux annuels élevées (triangle jaune), moyennes (losange vert) et faibles (carré rose) des précipitations pour les années 2020, 2050 et 2080, pour six villes canadiennes : a) Yarmouth, en Nouvelle-Écosse; b) Drummondville, au Québec; c) Ottawa, en Ontario; d) Regina, en Saskatchewan; e) Victoria, en Colombie-Britannique; et f) Yellowknife, dans les Territoires du Nord-Ouest. Il est à remarquer que les données historiques présentées ici sont limitées en raison du peu de données disponibles et les variations projetées proviennent d'un éventail de modèles de circulation générale utilisant les scénarios d'émissions du Special Report on Emissions Scenarios (SRES).
image agrandie

Autres changements projetés

L'élévation du niveau de la mer se poursuivra au cours du présent siècle, avec des projections mondiales de 0,18 m à 0,59 m d'ici 2100 (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, 2007a). Les changements du niveau marin relatif au Canada demeureront semblables aux régimes constatés pendant le XXe siècle. Ainsi, dans les régions qui connaissent un relèvement de la croûte terrestre (p. ex., la baie d'Hudson, des portions de la côte de la Colombie-Britannique et la côte du Labrador), les impacts de l'élévation seront généralement moins marqués que dans les régions qui sont présentement sujettes à la subsidence (p. ex., la côte de la mer de Beaufort, la majeure partie de la côte Atlantique et le delta du Fraser). Les effets de l'élévation du niveau marin sur les collectivités et les activités côtières, comme le transport de marchandises et le tourisme, sont présentés plus en détail dans les chapitres 3, 4, 5 et 8.

L'élévation du niveau de la mer s'accompagne d'une augmentation du risque d'inondations causées par des ondes de tempête. Ce type d'inondation sera donc plus fréquent dans l'avenir, en particulier dans les régions déjà plus touchées. À Charlottetown, par exemple, les inondations causées par des ondes de tempête, qui sont survenues à six reprises entre 1911 et 1998, risquent de se produire tous les ans d'ici 2100 si aucune mesure d'adaptation significative n'est adoptée pour protéger la ville (McCulloch et al., 2002).

FIGURE 20 : Changements projetés des épisodes de precipitations extrêmes sur 24 heures, en Amérique du Nord, entre les latitudes 25° Nord et 65° Nord (d'après Kharin et Zwiers, 2000). Source : Environnement Canada.
image agrandie

On ne peut établir de relation simple et directe entre la glace de mer et la température du fait que des interactions complexes, associées à des changements des régimes de circulation atmosphérique et océanique (p. ex., les oscillations arctique et nord-atlantique), ont une incidence consid érable sur les régimes de la glace de mer (Barrow et al., 2004). La réduction de l'étendue de la glace de mer continuera donc de varier aux échelles locale et régionale, comme elle l'a fait au cours du dernier siècle (Barrow et al., 2004). On prévoit, toutefois, que l'étendue des glaces dans l'Arctique diminuera pendant le XXIe siècle et que la perte de glace sera plus grande en été qu'en hiver (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, 2007a; Anisimov et al., 2007). Bien que les estimations de la réduction varient d'un modèle de climat à l'autre (voir le chapitre 3), plusieurs scénarios indiquent que de grandes portions de l'océan Arctique seront de façon saisonnière libres de glace d'ici la fin du XXIe siècle (Solomon et al., 2007).

L'élévation du niveau de la mer, les tempêtes ainsi que la diminution de l'étendue des glaces de mer contribuent à faire croître l'érosion côtière (voir les chapitres 3 et 4; Manson et al., 2005). Dans les régions nordiques, la fonte du pergélisol va rendre les côtes plus vulnérables à l'érosion.

4.4 CONCLUSIONS

Le climat du Canada est en train de changer et les projections indiquent que cet état de choses va se poursuivre. Outre les changements progressifs des températures et des précipitations, on a constaté et projeté des changements des températures et des précipitations extrêmes, de l'élévation du niveau de la mer, des ondes de tempête, de l'étendue de la glace de mer et de nombreux autres paramètres de nature climatique ou liés au climat. Ces changements continueront de se produire dans un contexte socio-économique lui-même en évolution et susceptible d'avoir une incidence considérable sur les impacts nets. Les différences régionales du climat projeté, de la sensibilité et des facteurs régissant la capacité d'adaptation (p. ex., l'accès à des ressources économiques, le profil démographique) font que la variabilité varie de façon considérable à la grandeur du pays, à la fois à l'intérieur d'une région et d'une région à l'autre. Les chapitres à caractère régional du présent rapport mettent ces différences en évidence.

 

Détails de la page

Date de modification :