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Feux de tourbière et émissions de carbone

Le feu joue un rôle important dans les écosystèmes forestiers. Chaque année au Canada, 9 000 incendies en moyenne brûlent plus de 2 millions d’hectares. C’est deux fois la superficie moyenne qui était brûlée au début des années 1970, et divers scénarios de modélisation prévoient que la superficie sera encore multipliée par deux ou plus d’ici la fin du siècle, en raison du réchauffement attendu du climat. Cette amplification des feux aura de lourdes conséquences sur les écosystèmes forestiers, l’exploitation des forêts, la protection des collectivités et le bilan de carbone.

Les effets du feu sur la forêt boréale ont beaucoup retenu l’attention. En revanche, on connaît moins bien les effets sur la tourbière boréale. Les écosystèmes de tourbière occupent 2 ou 3 % des terres de la planète, mais entre 25 et 30 % de la région forestière boréale. On estime que les tourbières stockent environ 30 % du carbone des parties émergées de la planète, mais environ 64 % des stocks de carbone des forêts boréales. La planète se réchauffant, ces réservoirs de carbone risquent de devenir de plus en plus vulnérables au feu.

Émissions des feux de tourbière

Les tourbières qui brûlent libèrent des quantités considérables de dioxyde de carbone et d’autres gaz à effet de serre. De plus, les feux de tourbière rejettent 15 fois plus de mercure dans l’atmosphère que les feux de forêt en terrain plus élevé, ce qui peut occasionner un grave risque pour la santé humaine.

Tourbière forestière oligothrophe récemment brûlée montrant des touffes de sphaignes légèrement brûlées près de Slave Lake en Alberta

Tourbière forestière oligothrophe récemment brûlée montrant des touffes de sphaignes légèrement brûlées près de Slave Lake en Alberta, septembre 2011

Les modèles de prévision des émissions ne sont pas encore au point, mais, selon les estimations préliminaires, les feux de tourbière dans l’Ouest canadien émettent environ 6 téragrammes (6 millions de tonnes métriques) de carbone par an, alors que les feux dans l’ensemble du Canada en émettent environ 27 téragrammes. Donc, les feux de tourbière sont déjà à l’origine d’une bonne part des émissions de carbone au pays, et ceux qui brûlent en profondeur sont susceptibles d’en produire beaucoup, car la densité du carbone dans la tourbe augmente de façon exponentielle avec la profondeur.

Par ailleurs, les feux de tourbière sont difficiles à éteindre. Les graves incendies dans les tourbières peuvent durer des mois et résister tout l’hiver sous la couche de neige. Il s’agit souvent de feux couvants qui produisent beaucoup de fumée, en raison de la combustion incomplète, et donnent lieu à des émissions plus importantes de monoxyde de carbone.

Impact des changements climatiques

Parce que la structure de leur combustible et leur humidité varient, les tourbières ont une propension à brûler et un taux de consommation de combustible qui varient aussi. Cela dit, les répercussions des activités humaines, comme les changements climatiques et l’assèchement des milieux humides, accroît la vulnérabilité générale des tourbières au feu.

Le réchauffement de la température se soldera par des sécheresses plus nombreuses, plus d’évapotranspiration et, par la suite, l'abaissement du niveau de la nappe phréatique, ce qui exposera davantage la tourbe au feu. En Amérique du Nord, depuis cinquante ans, il y a augmentation du nombre de très gros incendies (s’étendant sur plus de 100 000 hectares) et d’incendies qui se déclarent tard dans la saison de croissance, lorsque le niveau de la nappe est habituellement bas.

Les changements climatiques risquent aussi de faire fondre le pergélisol, ce qui pourrait exposer une plus grande quantité de tourbe à la destruction par le feu.

Si les tourbières se mettent à brûler à un rythme plus élevé ou à une plus grande profondeur, ce que laisse présager le climat qui se réchauffe, les incendies dans la région boréale pourraient être à l’origine d’émissions de carbone encore plus considérables.

Comprendre les incidences des feux de tourbière et intervenir

Les scientifiques du Service canadien des forêts collaborent avec des chercheurs d’organismes gouvernementaux et d’établissements universitaires du Canada, des États-Unis et de la Russie pour étudier les feux de tourbière et comprendre les incidences de l’évolution des régimes des feux sur les tourbières nordiques et la forêt circumboréale.

L’étude de l’évolution du cycle et du comportement des feux permet aux chercheurs de recueillir de précieuses informations qui outilleront les aménagistes pour qu’ils gèrent efficacement la ressource. Les projections de régimes des feux permettront aux gestionnaires des ressources et aux décideurs de se préparer aux changements à venir.

Brûlage préférentiel dans les tourbières et dans les peuplements résineux sur basses terres comparativement aux peuplements mélangés sur hautes terres. Parc national du Canada Wood Buffalo, juin 2012

Brûlage préférentiel dans les tourbières et dans les peuplements résineux sur basses terres comparativement aux peuplements mélangés sur hautes terres. Parc national du Canada Wood Buffalo, juin 2012

 

Personnes-ressources du Service canadien des forêts

Dan Thompson, Chercheur scientifique, feux de forêt

 
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